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7 janv. 2017

Renouons résonner et raisonner pour un 2017 éclairé : l'Appel d'Edgar Morin



Le peuple, légitimement à bout, penserait davantage dit-on avec ses émotions ou ses tripes qu'avec sa raison : renouons résonner et raisonner pour un 2017 éclairé. 
Anne Verron

Le but premier est de créer des oasis de vie et des jonctions entre ces oasis de vie. Ce n’est pas un projet de société que l’appel énonce, mais une voie de civilisation.
Edgar Morin


L'Appel d'Edgar Morin s'adresse à tout le monde

Cet Appel rédigé par Edgar Morin nous invite, citoyennes et citoyens qui vous reconnaissez dans ce texte à parler d’une seule voix et à peser fortement dans le débat public. En signant cet Appel, vous exprimez votre accord avec ce texte et vous manifestez votre souhait de contribuer à rassembler la multitude d’initiatives issues des actrices et acteurs de la société civile.

Nous sommes innombrables mais dispersés, à supporter de plus en plus difficilement l’hégémonie du profit, de l’argent, du calcul (statistiques, croissance, PIB, sondages) qui ignorent nos vrais besoins ainsi que nos légitimes aspirations à une vie à la fois autonome et communautaire.


Nous sommes innombrables mais séparés et compartimentés à souhaiter que la trinité Liberté Égalité Fraternité devienne notre norme de vie personnelle et sociale et non le masque à la croissance des servitudes, des inégalités, des égoïsmes.

Depuis des décennies, plus rien ne va


Au cours des dernières décennies, avec le déchaînement de l’économie libérale mondialisée, le profit s’est déchaîne au détriment des solidarités et des convivialités, les conquêtes sociales ont été en partie annulées, la vie urbaine s’est dégradée, les produits ont perdu de leurs qualités (obsolescence programmée, voire vices cachés) les aliments ont perdu de leurs vertus, saveurs et goûts.

Certes, il existe de très nombreux oasis de vie aimante, familiale, fraternelle, amicale, solidaire, ludique qui témoignent de la résistance du vouloir bien vivre ; la civilisation de l’intérêt et du calcul ne pourra jamais les résorber. Mais ces oasis sont encore trop dispersés et se connaissent encore trop peu les uns les autres.

Ils se développent pourtant et leur conjonction ébauche le visage d’une autre civilisation possible.


Le visage d'une autre civilisation est possible 

La conscience écologique, née de la science du même nom, nous indique non seulement la nécessité de développer les sources d’énergie propres et d’éliminer progressivement les autres y compris le si dangereux nucléaire, mais aussi de vouer une part plus importante de l’économie à la salubrité des villes polluées et à la salubrité de l’agriculture, donc à faire régresser agriculture et élevage industrialisés de plus en plus malsains, au profit de l’agriculture fermière et de l’agro-écologie.

Une formidable relance de l’économie faite dans ce sens, stimulée par les développements de l’économie sociale et solidaire, permettrait une très importante résorption du chômage comme une importante réduction de la précarité du travail.


Des réformes ambitieuses mais accessibles deviennent indispensables, lesquelles ?

Une réforme des conditions du travail serait nécessaire au nom même de cette rentabilité qui aujourd’hui produit mécanisation des comportements, voire robotisation, burn out, chômage qui donc diminuent en fait la rentabilité promue. En fait la rentabilité peut être obtenue, non par la robotisation des comportements mais par le plein emploi de la personnalité et de la responsabilité des salariés. La réforme des États peut être obtenue, non par réduction ou augmentation des effectifs, mais par débureaucratisation, c’est à dire communications entre les compartimentés, initiatives et rétroactions constantes entre les niveaux de direction et ceux d’exécution.

La réforme de la consommation serait capitale. Elle permettrait une sélection éclairée des produits selon leurs vertus réelles et non les vertus imaginaires des publicités (notamment pour la beauté, l’hygiène, la séduction, le standing), ce qui opérerait la régression des intoxications consuméristes (dont l’intoxication automobile). Le goût, la saveur, l’esthétique guideraient la consommation, laquelle en se développant ferait régresser l’agriculture industrialisée, la consommation insipide et malsaine, et par là, la domination du profit.

Le développement des circuits courts, notamment pour l’alimentation, via marchés, Amaps, Internet, favorisera nos santés en même temps que la régression de l’hégémonie des grandes surfaces, de la conserve non artisanale, du surgelé.

Par ailleurs, la standardisation industrielle a créé en réaction un besoin d’artisanat. La résistance aux produits à obsolescence programmée (automobiles, réfrigérateurs, ordinateurs, téléphones portables, bas, chaussettes, etc.) favoriserait un néo-artisanat. Parallèlement l’encouragement aux commerces de proximité humaniserait considérablement nos villes. Tout cela provoquerait du même coup une régression de cette formidable force techno-économique qui pousse à l’anonymat, à l’absence de relations cordiales avec autrui, souvent dans un même immeuble.

Une nouvelle orientation de l'économie au profit de tous nous tend les bras


Ainsi les consommateurs, c’est à dire l’ensemble des citoyens, ont acquis un pouvoir qui faute de reliance collective, leur est invisible, mais qui pourrait une fois éclairé et éclairant déterminer une nouvelle orientation non seulement de l’économie (industrie, agriculture, distribution) mais de nos vies de plus en plus conviviales.

Une nouvelle civilisation tendrait à restaurer des solidarités locales ou instaurer de nouvelles solidarités (comme la création de maisons de la solidarité dans les petites villes et les quartiers de grande ville).

Elle stimulerait la convivialité, besoin humain premier qu’inhibe la vie rationalisée, chronométrée, vouée à l’efficacité.


Les voies d'une réforme existentielle est devenue essentielle et surtout salvatrice 

Nous pouvons retrouver de façon nouvelle les vertus du bien vivre par les voies d’une réforme existentielle.

Nous devons reconquérir un temps à nos rythmes propres, n’obéissant plus que partiellement à la pression chronométrique. Nous pourrons alterner les périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes).

La multiplication actuelle des Festivités et festivals nous indique clairement nos aspirations à une vie poétisée par la fête et par la communion dans les arts, théâtre, cinéma, danse. Les maisons de la culture devront trouver une vie nouvelle.

Nos besoins personnels ne sont pas seulement concrètement liés à notre sphère de vie. Par les informations de presse, radio, télévision nous tenons, parfois inconsciemment, à participer au monde. Ce qui devrait accéder à la conscience c’est notre appartenance à l’humanité, aujourd’hui interdépendante.

Nous croyons comme Montaigne le disait déjà au XVIe siècle que « tout homme est mon compatriote » et que l’humanisme se déploie comme respect de tout être humain. Nos patries dans leur singularité font partie de la communauté humaine. Nos individualités dans leur singularité font partie de la communauté humaine. Les problèmes et périls vitaux apportés par la mondialisation lient désormais tous les êtres humains dans une communauté de destin. 


Matrie, patrie et citoyenneté

Nous devons reconnaître notre matrie terrienne (qui a fait de nous des enfants de la terre) notre patrie terrestre (qui intègre nos diverses patries) notre citoyenneté terrienne (qui reconnaît notre responsabilité dans le destin terrestre). Chacun d’entre nous est un moment, une particule dans une gigantesque et incroyable aventure, issue d’homo sapiens-demens, notre semblable dès la préhistoire, et qui s’est poursuivie dans la naissance, la grandeur, la chute des empires et civilisations et qui est emportée dans un devenir où tout ce qui semblait impossible est devenu possible dans le pire comme dans le meilleur. Aussi un humanisme approfondi et régénéré est il nécessaire à notre volonté de réhumaniser et régénérer nos pays, nos continents, notre planète.

La mondialisation ne doit pas nous acculer au repli sur nous, bien au contraire !

La mondialisation avec ses chances et surtout ses périls a créé une communauté de destin pour tous les humains. Nous devons tous affronter la dégradation écologique, la multiplication des armes de destruction massive, l’hégémonie de la finance sur nos États et nos destins, la montée des fanatismes aveugles.

Paradoxalement c’est au moment où l’on devrait prendre conscience solidairement de la communauté de destin de tous les terriens que sous l’effet de la crise planétaire et des angoisses qu’elle suscite, partout on se réfugie dans les particularismes ethniques, nationaux, religieux.

Nous appelons chacun à la prise de conscience nécessaire et aspirons à sa généralisation pour que soient traités les grands problèmes qui sont à l’échelle de la planète.

Que tous ceux qui se reconnaissent dans ce texte lui apportent leur approbation.



Cet Appel a été présenté lors des dialogues en Humanité et lancé à L'Université d'Utopia par Edgar Morin à Mandelieu-la-Napoule le 24 septembre 2016.

Cliquez ci-après svp et signez, merci pour nous tous : 
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13 déc. 2016

Le non sens au travail et la responsabilité de l'économie capitalistique


Le non sens au travail et la responsabilité de l'économie capitalistique



Le contexte socio économique contribue fortement à une nouvelle donne du non-sens du travail qui du coup est devenu anxiogène. 

Je ne peux qu'adhérer avec force à l'article que vous pourrez lire plus loin rédigé il y a déjà trois ans par Pierre-Eric Sutter.

De toutes parts, et de plus en plus fréquemment, les mêmes constats reviennent :

1. "Le travail est devenu toxique."

2. "Comment continuer à tenir ?"

nous disent les salariés mais aussi les managers et les dirigeants.

L'hyper concurrence mondialisée et la frénésie des marchés ont fait que l'économie s'est détournée de son objectif premier, à savoir, garantir au travers d'une contractualisation du travail un bien-être relatif à tous.

L'économie ultra capitalistique s'est emballée et est aujourd'hui devenue la reine corrompue d'un bal où la quasi totalité des danseurs, impuissants, gesticulent tels des pantins sans trouver leur propre harmonie. J'évoque ici le sens du/au travail, encore présent heureusement chez beaucoup, mais qui tend à se muer en son contraire.

Les études sur ce sujet sont en fait sans cesse plus nombreuses, statistiques à l'appui.

L'ère salariale n'existe que depuis très peu de temps au regard du temps de l'Humanité et ses dérives sont du coup multiples.

Le travail et le monde de l'entreprise ne sont évidemment pas, à mes yeux en tout cas, "des ennemis à abattre" mais des réalités à optimiser et fluidifier.

Et les alternatives ne manquent pas. De nombreuses prises de conscience ont eu lieu et ont accouché de superbes chantiers innovants et efficients, que ce soit le Positive Economy Forum ou l'économie sociale.

"Le Positive Economy Forum est le réseau international de ceux qui placent l’intérêt des générations futures au cœur de leurs réflexions et de leurs actions.

Alors que le règne de l’urgence domine l’économie et la société dans son ensemble, le Positive Economy Forum, initié par le groupe PlaNet Finance en 2012, est né d’une conviction : la nécessité de restaurer la priorité du long-terme dans nos décisions et actions. Pourquoi ? Parce que c’est l’unique moyen de relever les défis économiques, écologiques, technologiques, sociaux et politiques qui attendent le monde d’ici 2030.

Ce mouvement est une passerelle, un outil de mise en relation d’acteurs à différentes échelles : du PDG de grande entreprise à l’entrepreneur social, de l’économiste à l’artiste.

Le point commun de tous ces acteurs : la volonté d’entreprendre pour mettre en place de nouveaux modèles, dans le champ économique mais également dans d’autres secteurs de la société, des modèles soucieux de leur impact à long terme et prenant en compte l’intérêt des générations futures.

La conviction du Positive Economy Forum : c’est de l’échange et du dialogue entre ces acteurs différents mais poursuivant un même objectif, chacun à leur façon, que naîtront des réponses viables et positives aux enjeux et défis d’aujourd’hui et de demain.

Le coeur de son action et réflexion : les pratiques économiques, financières et entrepreneuriales qui prennent en compte l’intérêt des générations suivantes. Dans ce sens, ces pratiques ont un impact qui va au delà de l’économie. Elles répondent à de véritables enjeux de société.

Pour mettre en place une société positive, qui réoriente l’économie vers la prise en compte de l’intérêt des générations suivantes, le Positive Economy Forum fédère, sensibilise et pense le monde d’aujourd’hui et les solutions de demain."


Que peut-on faire encore ? Comment inverser la tendance de l'ultra court-termisme économique sans cesse plus accru, des flux toujours plus tendus, du désengagement devenu majeur des salariés du coup improductifs ?

Pour mieux comprendre de l'intérieur ce qui se passe dans nos entreprises, je vous invite à lire ci-après l'excellent article de Pierre-Eric Sutter intitulé "la France qui bosse au bord du burnout ?"

Le voici :

"Les objectifs ont encore été revus à la hausse, on ne voit pas comment on pourra les tenir, c’est complètement dingue.

Ils ne se rendent pas compte, là-haut, de tout ce qu’ils nous demandent !

Quand je regarde mon budget, je m’aperçois qu’on nous a encore réduit les moyens mais pas les objectifs, je ne sais pas comment je vais annoncer ça à mon équipe.

Le problème, c’est qu’on attend de plus en plus de nous ; et nous, on n’y est pas préparés. Y en a marre !

On nous a collé une réunion de deux heures toutes les semaines où on perd notre temps alors qu’on est déjà débordé. En plus, ils nous demandent de remplir des tableaux de bord complètement inutiles et qui nous font perdre notre temps ; on se demande d’ailleurs s’ils ont le temps de les lire ces tableaux de bord.

Ils nous ont changé les horaires, sans nous demander notre avis. Comment je vais faire pour aller chercher mes gosses à la crèche ?

J’ai de plus en plus mal au dos ; je ne sais pas comment je vais m’en tirer, le soir je suis crevée, je ne suis plus bonne à rien ; j’ai tellement de soucis du boulot dans la tête que je n’arrive pas à m’endormir.

Ici on bosse comme des fous, jusqu’à des 14 heures par jour. On n’en peut plus."

Tous ceux qui s’expriment ici dans ce florilège sont de sacrés bosseurs. Ils ne comptent pas leurs heures, ils aiment leur travail et même leur employeur et leurs collègues, même si ce sont aussi de sacrés râleurs.

Ils travaillent aussi bien dans les services publics que dans les entreprises du secteur concurrentiel. Leurs mots traduisent un ras-le-bol vis-à-vis de l’injonction du "toujours plus".

Leurs mots n’ont rien d’anecdotique, ils correspondent à une situation qui se généralise. C’est la France entière qui, aujourd’hui, se rapproche dangereusement du syndrome d’épuisement professionnel, plus prosaïquement appelé burnout.

Deux statistiques résument à elles seules la situation : la France figure dans le peloton de tête de la course à la productivité individuelle et par le même temps, elle est la première consommatrice de psychotropes. Pas de quoi être fier, finalement.

Les employeurs font cher payer l’amour que les français portent à leur travail. La valeur travail étant forte en France, les français s’y investissent à bras le corps car ils sentent bien qu’il est l’un des moyens de leur réalisation personnelle, bref qu’il peut donner un sens à leur vie.

Le travail, c’est comme l’argent qu’il procure : il ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, fortement. Encore faut-il qu’il puisse y trouver du sens, ce serait plutôt le non-sens qui est au rendez-vous dans le quotidien professionnel des salariés français.

L’histoire étant un éternel recommencement, il est fort à craindre que comme au 19° siècle, les employés se tuent littéralement à la tâche. Le récent suicide d’un salarié de France Télécom-Orange, particulièrement tragique, est venu nous rappeler la fragilité humaine, mais elle doit par delà nous faire prendre conscience de celle des organisations.

Quand tous les salariés se seront tués à la tâche, qui fera tourner les boutiques ? Et comment seront rémunérés les actionnaires ?

Comment en est-on arrivé à cette situation-là ?

D’abord, on n’a rien voulu voir, on n’a rien voulu savoir. On a continué à faire comme avant, comme si le monde n’avait pas changé, comme si la croissance serait suffisante pour continuer à financer nos exigences de toujours plus de consommation.

Comme tout de même, la concurrence était de plus en plus difficile avec les pays asiatiques et que la croissance n’est plus trop au rendez-vous, il a fallu ramer davantage. Dans les entreprises, on a parlé de la nécessité de s’adapter. Mais les actionnaires continuent de réclamer des taux de rentabilité toujours plus élevés. Du côté des services publics, on a parlé de « réforme de l’Etat », de la nécessité de réduire le nombre des fonctionnaires.

Bref, faire plus avec moins.

Bien entendu, tout cela est pensé d’en haut et mené de main de maître par des gens brillants, très intelligents, formés dans les plus grandes écoles, bien éclairés par une vision stratégique et mondialiste.

Ceux-ci ont voulu promouvoir le changement pour résister à la nouvelle donne concurrentielle. Mais ils se sont heurtés aux « habitudes » de ceux qui rament en bas. Il a fallu leur faire comprendre que leurs exigences d’acquis sociaux ne pouvaient plus être les mêmes : il fallait désormais être flexibles.

D’en haut, ont été mises en œuvre des techniques de management éprouvées. On s’est attaché à réduire les coûts ; les « cost killers » se sont mis au travail sur leurs tableurs excel. Ils ont appliqué sans état d’âme les recettes apprises en école de management : pour générer du profit, je réduis les coûts en augmentant la productivité par un contrôle accru sur les process et en baissant les effectifs par downsizing et restructurations réguliers. Et j’en demande toujours plus aux collaborateurs. Ca tombe bien, il paraît qu’ils aiment bien le travail.

Le problème, c’est que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. Même si le travail des cost killers a probablement du sens dans des organisations qui se sont bureaucratisées et ont fait un peu de gras, on ne peut pas les amaigrir jusqu’à l’os : sans chair ni muscle, un squelette ne se tient pas debout.

A force d’en demander toujours plus, on en arrive à des aberrations. Les reportings que remplissent les managers de proximité consomment de plus en plus de temps alors qu’il leur faudrait être de plus en plus sur le terrain. Les procédures brident la créativité des collaborateurs et les empêchent de s’adapter aux conditions concrètes de l’efficacité du travail. Et les survivants, ceux qui n’ont pas été fusillés par les cost killers, y croient de moins en moins. Les aberrations conduisant au non-sens, le travail amènent de plus en plus les salariés français à une réaction de burnout.

Le burnout ne se guérit pas avec des pilules. Le burnout est une maladie du non-sens. Le non-sens du travail alors qu’il est sensé donner du sens.

Le non-sens dans le travail c’est : plus je travaille moins j’y arrive alors que je suis compétent et investi, plus je m’investis dans mon travail, plus mon travail se désinvestit de moi.

Jusqu’à en perdre la foi - et non la tête : attention à la méchante tentation de faire passer pour fous les salariés atteints de burnout -, la foi en soi et en son travail, c’est-à-dire l’estime de soi professionnelle.

Le burnout pose ainsi une question essentielle : pourquoi le travail me fait-il mal alors que je l’aime ?

Pour guérir les salariés atteints du burnout, il faut les accompagner pour leur faire arriver à trouver la réponse appropriée à cette question fondamentale, afin qu’ils comprennent comment ils en sont arrivés là, qu’ils parviennent à se sauver par eux-mêmes pour éviter de replonger à nouveau dans les affres de l’épuisement professionnel, quitte à ce qu’ils quittent leur employeur.

Mais par delà la dimension individuelle, pour circonvenir ce burnout généralisé qui gronde, il faudrait que les organisations se demandent, entreprise par entreprise, service public par service public, comment elles ont contribué à ce que leurs salariés en arrivent à ce point.

Même si certains dirigeants courageux commencent à montrer des signes de remise en cause; comme chez France Télécom-Orange, il est à craindre que les intelligents d’en haut, les éclairés des grandes écoles et les stratèges de la mondialisation en soient encore très loin."

Pierre-Eric SUTTER
Président de m@rs-lab
Pour en savoir plus sur m@rs-lab, cliquez ici http://blog.mars-lab.com/


Lorsque l'on sait que le Sénat, composé très majoritairement de sénateurs républicains, a décidé récemment de retirer le burnout de la liste des maladies professionnelles, on ne peut qu'être soucieux de l'aveuglement quasi criminel d'une des plus importantes instances politiques.

Comment donc faire enfin comprendre à l'ensemble des acteurs impactés qu'il s'agit ici de la survie de nos sociétés tant civiles qu'économiques ? Comment susciter leur sursaut et leur décillement salvateurs ? Toutes les parties étant en effet concernées.

Peut-être en cessant enfin de faire semblant de ne pas savoir, de ne pas voir.

Peut-être en commençant à se poser les bonnes questions, à savoir les questions qui permettront de trouver des réponses durables.

Peut-être en décidant de réunir tous les acteurs qui agissent sur scène comme dans les coulisses des organisations et faire en sorte que tous leurs champs les traversant soient gagnants-gagnants.

Cela semble difficile à mettre en place. Et pourtant, il y a urgence. Rappelons nous tous que innover, c'est avant tout surmonter ensemble ce qui semble insurmontable.

Une chose est sûre. En n'osant pas ces peut-être, le bolide qu'est devenue notre économie telle un amas de tôle sans pilote va se fracasser droit contre le mur.

Le mur non pas que du non-sens ou du burnout généralisé mais celui de la disparition même de sa matière première, dit autrement son essence, ici l'essence humaine, et par là-même la disparition même de l'économie, et nous tous avec.

Osons ces peut-être.

16 nov. 2016

Les gens ont faim d'éthique et de pain


Les gens ont faim d'éthique et de pain

Je suis très, très inquiète sur le devenir du Monde. La colère du peuple est légitime mais elle le conduit inéluctablement vers le pire des scénarios dignes du film Idiocraty qui est un véritable navet de science fiction mais qui pointe ce qui nous attend peut-être tous.

Le problème majeur est pluriel : une lassitude fondée de l'opinion publique face aux politiciens et politiciennes égotistes qui ne se soucient pas du tout du collectif, lassitude proche de la détresse chez beaucoup de gens et qui est récupérée par des personnalités politiques qui chez les droites dures accusent systématiquement l'Autre, la sale gueule, le non Français de souche.

À chaque grande crise, des boucs émissaires sont injustement montrés du doigt. Trump a gagné car il a monté les américains les uns contre les autres comme tentent de le faire les leaders de la droite dure décomplexée et de l'extrême-droite en France.

Cette haine m'inquiète. Le monde peut devenir si l'on n'est pas vigilant un espace de délation et de rejet de toutes les différences.

Car des gens ont peur. Et de tout. Et il faut les entendre. Et ne pas enfoncer le couteau dans leurs plaies mais soigner la blessure dont le pus nauséabond de la xénophobie est sans cesse plus abject.

J'aime mon pays. J'aime sa diversité. Je ne supporte plus la misère qui touche tant de gens. Pourquoi vouloir stigmatiser et diviser les pauvres ? Quand va-t-on enfin dire publiquement et haut et fort que les étrangers rapportent plus à l'Etat qu'ils ne lui en prennent ? 


Des études officielles ont été faites à ce sujet. L'état leur verse 47,9 milliards d'euros sous forme de diverses aides (RSA, Chômage etc) mais ce qu'on ignore beaucoup trop et qui est très caché par quasi tous les médias, c'est qu'ils redistribuent à la France 60,3 milliards d'euros (TVA, Impôts, Cotisations sociales).

Dit autrement, les étrangers ne nous coûtent pas trop, non, ils nous rapportent économiquement. Et le différentiel est important : + de 12,4 milliards d'euros grâce à eux qui vont directement ensuite dans les caisses de l'état.

Pour en savoir davantage sur cette étude, cliquez sur le lien suivant Impact budgétaire de l'immigration en France

Voilà. Je l'ai dit. Je suis humaniste. Pas une humaniste bisounours. Une humaniste pragmatique. 

En 2017, je ne sais absolument pas pour qui je vais voter. Les droites dures à savoir le Fn et les Républicains promettent de détruire notre république sociale. La gauche n'existe plus vraiment ou si peu. Mélenchon peut être prometteur mais je crains que s'il était élu, le pays plonge et sombre. Les écologistes ? Oui, mais leur programme économique et leur modèle de démocratie participative s'inscrivant dans une sixième constitution sont attractifs et réalistes pour tous mais ils sont hélas peu médiatisés, donc méconnus, et à tort, par l'opinion.

Un article de l'Express sorti aujourd'hui fait parler de lui. Hugo Clément, lui aussi journaliste, dézingue tout le monde et casse la baraque des dinosaures. C'est assez savoureux et c'est à lire ici : Les politiques s'en prennent aux "élites": Hugo Clément crie au "foutage de gueule"

Comme beaucoup, je suis lasse, lasse du politique, lasse des mensonges, lasse des récupérations manipulatrices mais par contre je crois, et je croirai toujours dans les gens, eux ne me décevront jamais.

Ils savent le quotidien dur, ils se sentent désemparés, et ils gardent malgré tout en eux leur côté "braves gens", avec leur bon cœur et leur sacré bon sens paysan. Ils rejettent massivement l'injustice, l'amalgame facile, la corruption, le racisme. 

Qu'ils sont innombrables tous ces gens qui sont convaincus que seules les convictions font la différence et non pas la couleur de la peau ou la religion. 

Tant que respect et tolérance sont présents, le monde est bel et bien ce qu'il est devenu : un immense village universel où toutes les ethnies se sont mélangées depuis l'origine des temps. 

Ce qui est triste à dire aujourd'hui, c'est qu'il n'y a personne qui représente l'opinion

Les 50% de ceux qui ne votent plus devraient alerter ou susciter des vocations. La maison des citoyens est à cet égard une superbe initiative lancée par Alexandre Jardin. C'est en quelque sorte la maison pour compter tous ceux qui ne comptent pas. L'élan est formidable et peut s'amplifier considérablement. 

Surtout quand on connait de près les statistiques. Seulement 12% parmi les 50% de votants sont pro Fn, 11% sont pro Républicains et 10% sont pro PS. Ces trois partis ne représentent en quelque sorte pas grand chose mais peu importe, les médias passent les informations en boucle continue sur leurs actualités respectives. 

Franchement, est-ce sérieux ? 

De qui se moque-t-on si ce n'est de l'opinion en premier lieu ?

Je crois surtout qu'il y a urgence à désamorcer les haines véhiculés dans de nombreux discours, à flinguer l'intox dès qu'elle apparaît, à entendre le peuple qui est à bout. 

L'opinion a faim d'éthique et de pain. Il faut tout réinventer. Ce n'est pas une implosion qui aura lieu. C'est une réinvention du vivre ensemble qui émergera et qui viendra de la base.

Car ne nous y trompons pas, l'opinion publique dans sa large majorité n'apprécie pas le danger démocratique que représente le Fn dont la stratégie silencieuse, sournoise et malhonnête consiste avant tout à lisser l'image de son parti, à se prétendre avant toutes choses être un parti politique respectable, et à ancrer par tous les moyens l'idée mensongère que c'est le seul et unique parti proche du peuple et de ce fait sauveur. 

Que d'intox véhicule le Fn !

Il semble crucial d'étudier le programme de ce parti politique anti-droits de l'homme qui de facto ne devrait donc même pas exister. 

Savez vous le soutien du dictateur Poutine, impossible à éjecter de son mandat car il a tout muselé en Russie, au Fn ? 

Savez vous que toutes les rares communes Fn en France boycottent dans leurs bibliothèques municipales tous les titres de presse et que les habitants n'ont accès qu'à un seul journal pour s'informer, à savoir le puant magazine fasciste Valeurs Actuelles ? 

Savez vous que dans ces mêmes communes Fn, des locaux dédiés à la Ligue des Droits de l'Homme ont été sous un prétexte bidon fermés ?

Nous n'avons aucune idée, même si nous nous en doutons, du point de bascule irréversible si le Fn arrivait au pouvoir. On parle beaucoup de l'élection de Donald Trump mais connaît-on vraiment son programme ? Les américains l'ont-ils tous lu ? 

Les acrobaties et joutes verbales à la TV ne signifient rien, quel que soit le pays, elles veulent séduire un maximum d'électeurs souvent désemparés, et il y a de quoi.

Pour se faire une idée exacte d'un ou d'une candidat-e, il faut lire son programme. Avec soin. À tête reposée. Et se poser les bonnes questions. 

Est-il crédible ou mensonger ? Est-il chiffré ? Les moyens alloués pour tel ou tel chantier envisagé sont-ils du pipeau ou pas ? La démocratie, ou ce qu'il en reste, est-elle sauve ou confisquée ? 

N'y-a t-il que des paroles en l'air ou des réformes budgétisées indiquant où et comment elles seront financées ? Comment ça se passe dans les communes appartenant aujourd'hui à tel ou tel parti ? Le maire a-t-il été réélu ? Si non, pourquoi ? 

Qui sera dans le collimateur ? Qui va trinquer ? Qui sera privilégié ? A qui cela profitera le plus ?

Pour de vrai, surtout ?

Lisons très attentivement sur internet les programmes de tous les partis politiques en vue de 2017 et recoupons les informations via de multiples sources de presse et de tous bords politiques. Oui, arrêtons de gober l'intox des talk-show télévisés et informons nous vraiment. Notre avenir et celui de nos enfants est en jeu.


Pour conclure cet article politico-sociétal
, je vous invite vivement à regarder ce court-métrage magistral de quelques minutes inspiré de faits réels qui est absolument captivant et simultanément incroyablement flippant et porteur d'espoir.






La médiocrité divertissante et l'argent ont pris le pouvoir. Peu importe le parti politique, fn y compris en France car tout autant corrompu que les autres, les gens croient encore être impuissants.

Allons-nous nous diriger vers une guerre multiple au nom des lobbies ? Allons-nous continuer à gober les intox et accepter d'être de simples pions ? Allons nous encore accepter d'être divisés pour mieux être dominés ?

La vérité est quelque part et le Monde entier la connaît.

Les mots sont comme des clefs, ils ouvrent des portes interdites, que la serrure soit visible ou non.


21 oct. 2016

Le modèle d'entreprise à la française ne fonctionne plus : état des lieux et proposition de nouveaux paradigmes efficients



Le modèle d'entreprise à la française ne fonctionne plus : état des lieux et proposition de nouveaux paradigmes efficients 


Tactiques de stress, crise économique, souffrance au travail, pressions sur les dirigeants, les managers, les salariés voire la société; tout se mélange: comment sortir de cette spirale ?

Je désire vous faire partager quelques unes de mes réflexions issues de ma formation initiale et continue, de mon parcours professionnel, de ma vie de femme, des échanges nombreux que j’ai pu avoir avec des experts, dirigeants, DRH ou salariés, de ma pratique de la photographie humaniste, bref de mes convictions qui se sont ainsi forgées au fil du temps et qui ne sont pas figées mais qui forment une base solide.

Je pense que nous avons dans une grande majorité et tous métiers confondus, une vision commune de la place de l’humain dans l’organisation. Renaud Sainsaulieu, fondateur de l’APSE - Association des Professionnels en Sociologie d’entreprise - et du DESS « Développement social d’entreprise et Gestion de l’emploi » à Sciences Po Paris dont j’ai eu la chance de suivre les cours m’inspire encore et toujours, et je dirais encore plus aujourd’hui.

J’espère nourrir et éclairer, à mon niveau, le débat en présentant ci-après quelques idées et pistes de réflexion.

Tout d’abord, je vous recommande au passage vivement l’ouvrage de Christophe LAVAL « Plaidoyer pour la reconnaissance au travail - La reconnaissance non monétaire : une pratique managériale au service du mieux-être et de la performance ». Vous pouvez vous procurer ce livre si ce n’est déjà fait via le site www.livrebusiness.com . Pour précision, je n’ai aucune commission sur les ventes de cet ouvrage.

L’auteur, expert reconnu mondialement en management qui a dirigé Entreprise & Personnel et qui fut dirigeant ou DRH dans des entreprises du CAC 40 dit « avoir acquis l’intime et profonde conviction que la reconnaissance au travail est un élément clé de l’identité et de la santé des personnes ainsi que de la croissance, de la transformation et de la performance économique des organisations. »

C’est toujours d'actualité même si semblant passé aux oubliettes avec France Télécom/Orange et ses plus de 40 suicides et du groupe La Poste avec 70 suicides répertoriés à ce jour liés aux conditions de travail. Peut-être est-ce ici le cas d’entreprises plus médiatisées, celles-ci en cachant bien d’autres ? On sait déjà trop que oui.

La souffrance au travail existe, tout le monde le sait maintenant. Les entreprises mettent en place, et parfois trop hâtivement, divers programmes pour y remédier. Il est temps d’agir, oui. Rapidement certes mais surtout en se posant les bonnes questions. L’éthique de l’entreprise doit être pensée, sa liberté aussi.

« Au delà d’un plaidoyer pour la reconnaissance au travail, ce livre est le chaînon qui manquait entre l’indispensable performance économique et le mieux-être dans l’entreprise qui reste le meilleur moyen d’y parvenir. »

L’objectif de l’auteur est de promulguer un véritable nouveau management dans l’entreprise au travers de la reconnaissance au travail tant formelle – salaire maintenu, rehaussé, augmenté – qu’informelle, c’est-à-dire non monétaire aussi et il souligne le aussi. Tout est repensé, les salariés sont alors vraiment reconnus par leurs managers de proximité, eux-mêmes reconnus par leur hiérarchie etc.

L’objectif est que les salariés comme les managers ne subissent alors plus de stress négatif, ni d’humiliation ou de harcèlement, ni de surdose de travail forcément toxique, liés à un management global « déplorable » encore trop répandu aujourd’hui, lui même engendré, entre autres mais pas que, au contexte socio économique.

De nombreuses et récentes études internationales sont pourtant unanimes :

1. en matière de management, la France se positionne depuis longtemps en avant dernière position sur l’échiquier mondial.

2. en matière de productivité, y compris avec les 35h, les français figurent à l’inverse en tête de peloton. Mais pour encore combien de temps ?

Deux constats qui ne peuvent que nous pousser à nous interroger sur le modèle d’entreprise français : « Les salariés sont pompés jusqu’à l’os et sont dans le même temps perpétuellement lynchés ».

« La corde est si tendue qu’elle va craquer » entend-on un peu partout. Ce qui se passe aujourd’hui dans nos organisations est en effet intenable et ingérable. Cela impacte fortement de plus, on le sait, sur les résultats des entreprises via une démotivation générale de l’ensemble des salariés, managers y compris; et donc à une baisse logique de la contribution de chacun aux performances économiques, à de l’absentéisme ou du présentéisme comme seule parade, à des maladies générées par ces conditions de travail inhumaines telles que le devenu tristement célèbre "burn out" et à un fort turn-over. Et cela a un coût qui se chiffre en milliards d’euros chaque année.

Avec cette approche de la reconnaissance au travail, les salariés peuvent enfin et veulent alors de nouveau avoir envie de s’investir dans leurs entreprises car le climat social, respectueux de chacun, apaisé et créatif; et les conditions de travail au sens large qui en découlent sont optimaux. Du coup les entreprises deviennent plus performantes.

On peut alors imaginer sortir progressivement de la crise. Cette piste est simple et non simpliste.

Petite alerte : par reconnaissance au travail, il est bien dit qu’elle ne soit pas de façade car les salariés sont quasi tous dotés d’un esprit critique de plus en plus développé et conscients de leurs droits et ils sentent aussitôt si il y a supercherie. Si cette reconnaissance au travail n’est que poudre aux yeux, on court au fiasco économique et social : l’avertissement est majeur. Pour illustration, une conciergerie ou un pressing de plus n’apportera rien si ce n’est l’exaspération des équipes au bord de l’implosion qui attendent bien autre chose. Il semble utile de rappeler également que l'engouement pour le bonheur au travail via les Chief Happiness Officers est sans nul doute louable mais pour l'instant purement récréatif et par trop "superficiel". En effet, ce qui rend un professionnel heureux, c'est d'abord et avant tout de reconnaître son travail et le sens de son travail.

Pour ce faire, l’impulsion doit venir d’en haut, c’est a dire des dirigeants de tous bords qui se doivent de montrer la voie par la mise en place de politiques éthiques non autoritaires et démocratiques qui ne soient pas que des paroles en l’air mais s’appuyant sur des faits et des pratiques vérifiés et concordant avec leurs discours, discours plaidoyer pour une vraie reconnaissance au travail et non en caricaturant basé sur le discours critiquable et surtout rejeté aujourd’hui à l’unanimité du « tu marches ou tu crèves ».

L’approche est originale car elle fait du rapport salariés/entreprises un rapport gagnants/gagnants.

Cette approche économique, sociale et politique bénéfique tant pour l’économie que pour le bien-être de tous ne peut que rejaillir en cascades sur les salariés, les dirigeants, les chômeurs et donc sur toute la population car les conditions sont alors réunies pour que la croissance économique reprenne et que la société soit démocratiquement plus juste et plus agréable pour tous.

Le travail n’a pas de sens au travers du seul mérite individuel car c’est ici une conception dangereuse qui favorise une vision élitiste qui divise les équipes, nourrissant méfiance et coups bas et qui au final rend toute entreprise amorphe et inefficace tant le climat social est désagrégé et donc non efficient.

L’entreprise, pour être performante, et non plus qu’à simple court terme, en pressant ses salariés comme des citrons, se doit de concilier prise en compte de l’humain, du social et de l’économique.

Tout est lié, tout doit être relié. Il est important d’anticiper et d’agir enfin efficacement pour solutionner les risques psychosociaux et économiques.

Le travail n’a de sens qu’en respectant et en reconnaissant les capacités de chacun, quel qu’il soit et quelles qu’elles soient. Nous avons tous des capacités différentes et complémentaires : valorisons les pour chacun et misons ainsi sur un modèle type d’entreprise où coopération prime sur compétition interne. Les salariés travaillent avec plaisir quand ils sont profondément reconnus et non soupesés et évalués. Ce sont les hommes et les femmes qui font les performances de leurs entreprises: il semble devenu donc indispensable de les prendre en considération, de les respecter et de les reconnaitre. Vraiment. Rappelons-le.

La nouvelle éthique de l’entreprise, voire de l’organisation au sens large, est une éthique respectueuse de tous ceux qui la composent, y compris en respectant l’Environnement. C’est une éthique citoyenne, à visage humain et responsable de ses salariés. C’est à cette condition que l’entreprise sera alors de nouveau performante au travers d’un bien-être de ses salariés.

La liberté de l’entreprise passe avant tout par une reconnaissance globale et complète au travail de toutes et tous afin que le rapport salariés/entreprises soient un rapport gagnants/gagnants; rapport bénéfique tant économique que social.

Est-ce la troisième voie ?

J’espère sincèrement avoir contribué à mon niveau à nourrir de ma réflexion la vôtre, modestement mais authentiquement.

Valoriser l’Humain dans les faits et par nos pratiques tout en tenant compte de la réalité socio économique : soyons novateurs.


Mots clés: Ressources Humaines, Crise, Société, Reconnaissance non monétaire, Christophe Laval, Renaud Sainsaulieu, Démocratie, Sens, Motivation, Économie, Direction Générale, Climat social, Productivité, Innovation, Lien social

18 sept. 2016

L’entreprise du futur sera résolument humaine et digitale




L’entreprise du futur sera résolument humaine et digitale.

Comparant volontiers l’entrepreneuriat au surf, Joël de Rosnay, invité d’honneur du iMedia Brand Summit, a donné quelques conseils aux patrons et aux entrepreneurs de demain. Tenez-vous le pour dit : l’entreprise du futur sera résolument humaine et digitale. Le maître-mot des succès à venir : la symbiose.

Compliqué à accomplir ? Pas tant que ça. Le principal conseil donné par le Docteur, c’est de se faire plaisir. La notion de risque ne doit pas être prise au sens négatif du terme : il faut savoir s’adapter, surveiller son environnement pour bouger en temps réel. Dans la société fluide bâtie par le numérique, le pouvoir est transversal, l’accélération permanente et le déséquilibre nécessaire.

Oubliez Internet : pensez écosystèmes !

Internet ? C’est déjà derrière nous. Nous sommes aujourd’hui dans un écosystème numérique : tout est connecté. Le numérique fusionne avec l’énergie, la production, la santé… L’environnement change, et internet permet une nouvelle interopérabilité.

Mais à coups d’IoT, ce n’est pas que la réalité qui est augmentée : les hommes et les femmes de demain le seront aussi – voire le sont déjà… Nos yeux et notre cerveau ont accès à des éléments qui n’existent pas de façon tangible. La réalité virtuelle va, paradoxalement, nous aider à mieux voir, et à agir sur un monde que nous ne voyons pas sans aide.

Le numérique augmente nos sens : nous en avions 5, nous en avons désormais une dizaine : orientation (GPS), ubiquité (webcam),…

Qui sont les disrupteurs ?

Appelez-les comme vous voulez : millenials, Génération Y, NetGen, MHB (Mutants Hybrides Bionumériques Géolocalisés) ou encore tribu des IKWIWAIWIN (I Know What I Want And I Want It Now)… Bref, tous ceux qui avaient entre 5 et 10 ans au tournant de l’an 2000 et qui représentent cette nouvelle génération pressée… de changer la société. Ce sont eux qui permettent de créer une société collaborative. Leur secret ? La disruption. Co-économie, partage, personnalisation… Bien loin des valeurs d’égoïsme et de solitude que l’on veut leur faire porter, les millenials permettent le passage d’une société de l’information à une société de la recommandation, qui s’illustre dans toutes les entreprises « ubérisantes ».

En route vers une démocratie énergétique

Il ne s’agit plus de trouver des énergies alternatives, mais de savoir les combiner. En compensant les énergies intermittentes que sont le soleil ou le vent, par exemple, par des énergies permanentes (celles des vagues ou la géothermie), les ressources en énergie seront plus puissantes et mieux utilisées. Joël de Rosnay parle de l’émergence d’un « EnerNet », un futur où les gens pourront effectuer, entre eux, des transactions sécurisées d’énergie grâce aux smart grids, comme c’est déjà le cas dans certaines parties du monde (Brooklyn). Les bâtiments à énergie positive, qui produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment, seront légion. Mais l’énergie et le numérique, c’est aussi la question de la transmobilité. Les villes devront s’adapter : car qui dit voiture intelligente, dit route intelligente, et ville intelligente.

L’industrie 5.0

Plutôt que d’imprimantes 3D, Joël de Rosnay préfère parler de MUP : des Micro-Usines Personnalisées. Ces machines, qui permettent de fabriquer des produits très variés, pourront à l’avenir utiliser des cellules vivantes plutôt que des matériaux et ainsi produire de la peau ou des organes. Un réel bouleversement pour les entreprises de 2030, qui pourront opérer une coproduction décentralisée. Les makers (ou doers) créeront des micro-entreprises entre eux, et se fédéreront dans des coopératives d’indépendants qui seront gérées par des plateformes chargées de faire la mise en relation entre l’offre et la demande.

Numérique et santé

Vous pensiez les selfies futiles ? Découvrez le healthfie, qui pourrait permettre, notamment au sein d’un TBSP (Tableau de Bord Santé Personnalisé), d’avoir un bilan en temps réel sur la manière dont vous adaptez votre nutrition et vos activités à votre vie. Le rapport avec l’entreprise de 2030 ? Il va devenir de plus en plus important de protéger le capital santé des employés. Les initiatives se multiplient sur le sujet : GoogleFit, HealthKit (Apple), Microsoft HealthVault,…

Vers une entreprise fluide

On le dit, on le répète, on le martèle à toutes les sauces : le modèle pyramidal est mort. Du moins, il s’aplatit. Les objets connectés changent les relations aux autres, mais aussi aux outils, et la robotique, les algorithmes et les intelligences artificielles font leur entrée dans les organisations.

Joël de Rosnay souligne aussi le décalage entre nos propres outils et ceux dont nous disposons au bureau. Le résultat, c’est qu’on s’offre souvent du matériel plus performant que celui à notre disposition dans les organisations, et que la tendance du BYOD (Bring Your Own Device) a tendance à se développer. A l’heure de la mobilité, quoi de plus logique ?

Question éducation, on oublie la tradition : les MOOCs pourraient bien révolutionner le tout. La big data va permettre à des systèmes d’experts d’extraire l’information, mais aussi aux élèves de correspondre entre eux et de se co-évaluer.

Trop d’infos, pas assez de temps

Le risque, dans cet univers ultra connecté, c’est de ne pas réussir à se débrancher… A l’heure où nous sommes confrontés à deux contraintes antinomiques (la pléthore d’informations et la rareté du temps), les burn-out font des ravages. Le secret : apprendre à gérer son temps pour prendre le temps de faire les choses. Le secret pour y parvenir ? On y travaille encore…

Savoir s’adapter

Joël de Rosnay prévoit la fin du salariat. D’ici 2030, 44 millions d’Américains travailleront en indépendants sur une base hebdomadaire régulière. Aujourd’hui, les millenials représentent déjà 30% d’entre eux. Qui dit nouveaux modèles de salariés, dit nouvelles structures, et nouveau management. Il ne s’agira plus d’un management centralisé ou de contrôle, mais de communication, de partage et de confiance. Pour que l’entreprise puisse s’adapter à cette révolution, il faudra accepter le passage d’un monde de rapports de force (syndicats vs patronat) à des rapports de flux. Les situations bloquées qui ne peuvent être résolues que par une escalade dangereuse laisseront la place à des échanges d’informations, de connaissances, mais aussi financiers. Il ne sera plus question de hauts et de bas, mais d’un niveau constant, pas statique pour autant puisqu’il s’établira sur ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. Plus que jamais, l’open sera de rigueur : plus d’entre soi ou de secrets de marché.

Il faudra, évidemment, repenser les profils : faire confiance aux directeurs de l’intégration numérique et oublier les DSI, utiliser les algorithmes de productivité, embrasser les CRM numériques…

La culture numérique, ce n’est pas utiliser un seul outil numérique de façon verticale. C’est une culture transgénérationnelle, qui doit être l’affaire de toute l’entreprise. Le manager augmenté de demain saura travailler avec ses salariés, composer le lien social, miser sur les jeunes pour s’imprégner d’une culture nécessaire, mais aussi sur les femmes. Cette prédiction sonne le glas des entreprises qui n’y parviendront pas : il faudra intégrer au moins 50% de femmes aux comités exécutifs sous risque de disparaître…

Enfin, Joël de Rosnay nous donne quelques valeurs pour manager correctement l’entreprise fluide dont il rêve pour demain : partage et formation, solidarité et générosité, empathie et altruisme, respect des diversités, respect des autres, éthiques et entrepreneuriat, et surtout comprendre, vouloir, aimer et construire l’avenir plutôt que de le subir.


29 août 2016

Quelle stratégie win-win pour booster motivation des équipes et productivité des entreprises ?



Quelle stratégie win-win pour booster motivation des équipes et productivité des entreprises ?

Les risques psychosociaux (RPS) sont tels depuis à minima 7 années que la sonnette d'alarme a été enclenchée depuis longtemps par de nombreux acteurs des écosystèmes gravitant autour du monde de l'entreprise. 


C'est inenvisageable de continuer ainsi. Acter sur "les bons sentiments" devant pareil drame ne suffit hélas pas. 

Le fait est que les climats sociaux sont devenus toxiques quasi partout aujourd'hui amenant des pensées suicidaires pour un actif sur trois. Une étude récente basé sur un un sondage réalisé par l’institut de sondage Odoxa pour Syntec Numérique en 2015 a ainsi mis en évidence que 3 salariés sur 4 plébiscitaient pour cette raison le télétravail. Le télétravail est surtout très plébiscité par les salariés qui ne subissent plus le stress ambiant qui devient général un peu partout en travaillant alors de chez eux.

"L’arrivée du numérique a révolutionné la vie des entreprises et change aujourd’hui la conception même du travail. L’objectif du plan annoncé par Manuel Valls pour 2016 est de favoriser la présence d’actifs dans les territoires ruraux, mais également de réduire la pollution de l’air et de l’empreinte carbone.

Le télétravail est encore trop peu répandu en France, alors même qu’il fait rêver une majorité de salariés : 59 % souhaiteraient pouvoir « télétravailler » (28 % un jour de temps en temps et 31 % au moins plusieurs fois par semaine). Ce chiffre monte jusqu’à 63 % pour les Franciliens et à 71 % pour les cadres. C’est donc naturellement que 81 % des salariés plébiscitent les annonces du Premier ministre. C’est ce que révèle un sondage réalisé par l’institut de sondage Odoxa pour Syntec Numérique.

Derrière leur engouement pour le télétravail, rendu possible grâce au numérique et les outils qu’il propose (accès à son poste à distance, outils collaboratifs, messageries instantanées, conférences audio et vidéo), les salariés y voient des avantages suivants :


– un meilleur équilibre entre leur vie privée et vie professionnelle (48 %) ;
– moins de perte de temps dans les transports (46 %) ;
– des économies réalisées en termes de trajets et de nourriture (36 %).

Le télétravail est cependant encore parfois éloigné des réflexes managériaux français. Parmi les obstacles possibles au développement du télétravail, 52 % des salariés pointent prioritairement « le manque de confiance globale à l’égard des salariés dès lors que l’entreprise ne peut pas vérifier heure par heure à quoi ils consacrent leur travail ».

Cette raison est bien plus souvent avancée que « l’impossibilité matérielle de ces entreprises à permettre le télétravail de par la nature de leur métier ». Seulement 38 % des salariés avancent cette contrainte purement objective ou rationnelle.

Un autre obstacle est aussi clairement énoncé par plus d’un quart des salariés (28 %) : le refus de principe du management d’accepter le télétravail. Identifiée comme l’un des freins à l’adoption du télétravail par les salariés, la hiérarchie de l’entreprise doit aujourd’hui appréhender les bénéfices et enjeux du télétravail tant au niveau économique, sociétal qu’écologique.

Les salariés français et le télétravail en quelques chiffres :

– 59 % souhaiteraient faire du télétravail
– L’équilibre vie privée / vie professionnelle constitue le principal avantage du télétravail pour 48 % d’entre eux
– 52 % considèrent le manque de confiance des patrons à l’égard des salariés comme le principal frein au développement de cette pratique
– 81 % sont favorables au « plan national de déploiement du télétravail » annoncé par Manuel Valls"


Lien source : Les salariés français plébiscitent du télétravail

Pour les entreprises, l'économie faite sur les locaux normalement alloués et sur les dépenses par milliards d'euros liées aux RPS tels que stress, absentéisme, présentéisme, absence ou dégringolade de la motivation des salariés, burnout, suicides, manque ou baisse importante de la productivité du coup pour les entreprises etc prime sur la volonté du bien-être de leurs salariés, personne n'est dupe.

Cependant, les entreprises craignent encore de ne plus pouvoir contrôler leurs salariés. Le taylorisme continue sous d'autres formes moins visibles, et ce, quoi qu'on dise.

Souvent, une voire deux journées par semaine, ou plus, sont dédiées aux salariés dans les locaux de l'entreprise. Pour contrôler, manager, faire le point, des réunions et enfin ne pas couper le lien dit de socialisation professionnel de leurs équipes. 

En attendant que le télétravail gagne de plus en plus la faveur des entreprises qui auraient tout à y gagner, j'ai privilégié dans le cadre de mes expertises et réflexions une approche qui permet à tous, y compris les actionnaires loin du terrain, de résoudre cette problématique majeure que représente l'impact du climat toxique sur le CA.

Cette approche prend en compte et réconcilie quatre axes fondateurs pivots que sont les RPS, le climat social, la motivation et la productivité, et permet de bâtir une stratégie win-win pour chacun des groupes impactés.

Notamment en période de crise, un paradigme fort émerge pour trouver une issue pérenne à cette sinistrose socio-économique : la reconnaissance non monétaire au travail prônée par Christophe Laval que je surnomme le pionnier RH visionnaire salvateur.

Il est crucial de parler du "cash" qui se dilapide suite à la toxicité des climats sociaux et se chiffrant aujourd'hui en milliards d'euros. Et salutaire de proposer en alternative une politique générale mettant en place une reconnaissance non monétaire au travail à chaque strate de l'entreprise pour tous les employés, managers, cadres dirigeants.

Pour en savoir davantage et mieux comprendre l'articulation entre ces 
quatre axes fondateurs pivots que sont les RPS, le climat social, la motivation et la productivité et bâtir une stratégie win-win, je vous invite à lire ou relire l'un de mes articles publié en 2015 et intitulé Les dirigeants plébiscitent un nouveau modèle d'entreprise dont la finalité sociale est supérieure ou égale à la finalité économique

A noter aussi, le Positive Economy Forum lancée par Jacques Attali en Septembre 2012 qui va au-delà de la seule notion de profit et la dépasse sans la nier : elle vise à construire une économie soucieuse du bien-être de chacun-e, mise sur le profit pour tous, se préoccupe de l'avenir de notre planète et ses ressources agonisantes et réfléchit concrètement sur la société de demain léguée aux générations futures. Pour ceux qui sont à l'affût des tendances visionnaires majeures, sachez que sa 5ème édition se tiendra au Havre du 13 au 17 Septembre 2016.


A lire sur ce sujet pour cogiter, et bénéficier ainsi d'informations stratégiques qui font et feront la différence pour l'entreprise de demain, voici un autre de mes articles La société de demain s'inscrit d'ores et déjà dans l'économie de demain, à savoir l'économie positive lancée par Jacques Attali et LH Forum

Pour conclure, je ne souhaite nullement ici faire "ma pub" mais il se trouve que je réfléchis à ces questions depuis longtemps. 

Alors, autant partager les réflexions puis les actions pour que l'entreprise soit plus performante et productive en misant tant sur le bien-être des équipes que sur la clairvoyance pragmatique de leurs dirigeants.

Et pour conclure, voici une citation très célèbre mais si vraie du contrasté Winston Churchill que je vous invite à méditer avec recul, sagesse et un vrai zest d'esprit visionnaire :

"Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté." 

29 juil. 2016

Ni dieux ni maître


Parfois, des artistes interpellent l'air de rien sur des essentiels qui nous concernent tous.

Je connais cette chanson depuis longtemps, et à chaque écoute, la même émotion surgit. Un mélange de mélancolie, de tendresse coupable et d'une envie folle de vivre et de vibrer toujours plus fort. Cet artiste ici, c'est Thomas Dutronc, avec sa chanson toujours si actuelle "Les frites bordel". 

Le titre sonne bizarre mais le texte est sublime de justesse poétique et de réalisme jubilatoire. Pour cet été 2016, je vous invite donc à vous laisser glisser dans son univers en écoutant cette pépite musicale qu'il a souvent modifiée sur scène car étant sans doute toujours inspiré par le temps qui passe toujours trop vite.

Je vous invite donc à cliquer ici Les frites bordel - Thomas Dutronc pour l'écouter et à lire dans le même temps les lyrics ci-après. 

Vous allez frémir, blémir, vous maudire puis vous réjouir avec l'envie pressante de dire stop aux diktats imposés car comprenant que, même accompagnés, nous sommes tous seuls, mais cependant toujours debout et prêts à tout pour vivre plus même si moins longtemps : "Ni dieux ni maître mais des frites bordel !"



"Chère mamie cette petite carte de Vendée où nous sommes pour quelques jours

Tout contribue à ce que nous passions d'agréables vacances"



Oui, vous vous rappelez ces cartes postales
Quand on était petit, fallait toujours se forcer à les écrire
Il y avait (je t'embrasse bien fort)
Voilà fallait écrire à notre tante, notre grande-tante, notre grand oncle
Et puis bah, ça nous barbait alors
Nos parents, ils écrivaient la carte et on signait en bas
Et puis maintenant le temps a passé
Quand on ouvre notre boîte aux lettres
C'est nous qui aimerions bien recevoir plus de cartes postales
Je me rappelle mon grand-père à la fin de sa vie, il avait 86 ans
Sa femme était morte.
Il rentrait tout seul il avait du mal à pousser la porte qui était assez lourde
Et puis il ouvrait sa boîte et dedans y avait des
Des conneries de serrurerie sur des prospectus des machins et puis
Je me suis dit putain je lui écrivais pas assez de cartes
J'aurais voulu lui écrire pleins de cartes
Et voilà et le temps passe et bordel


Le temps passe toujours trop vite, hélas
Nos amis souvent, les plus chers les meilleurs
Sont partis
Sont loins
Sont malades, sont morts
Parfois dans la nuit on ne sait plus très bien qui on est
On ne sait plus où l'on va
Parfois l'angoisse nous prend le cœur
Parfois la personne qui dort à côté de nous est un étranger
Alors moi je sors
Et je me commande un steak frites
Un bon gros steak avec des frites bordel !
Y'en a marre de ce poisson grillé !
De ces haricots verts
A mort le haricot !
Vive la choucroute !
Un beau gros morceau de viande
Et des pommes de terre bien grasses
La révolution du saucisson est en marche !
Venez avec moi !
Vous rouler dans la paëlla !
Vous vautrer dans le couscous !
Mes amis
Aux ordures et à la poubelles ces omégas 3 !
On veut des graisses saturées !
Incluez ce régime !
Prenez des tubercules
Des pommes de terres, vous savez ces tubercules
Coupez les en fines lamelles
Plongez les dans l'huile bouillante, salez les


Et vous aurez des frites
Ni dieux
Ni maître
Mais des frites
Bordel !

Written by Frédéric Jaillard, Jérome Ciosi, Thomas Dutronc, Xavier Bussy 
• Copyright © Songs Music Publishing

21 juin 2016

La médecine du travail, prise en otage, risque de fragiliser considérablement salariés et entreprises


Alors que l'on parle toujours plus de bonheur au travail, de QVT - Qualité de Vie au Travail - et d'un nouveau management totalement réinventé où leader et équipes seraient soudés dans une synergie win-win, il est étonnant de voir combien peu parlent de l'importance de la médecine du travail qui aujourd'hui est en grave péril.

Les médecins du travail jouent en effet un rôle déterminant dans la prévention des risques psychosociaux, dans la protection en amont comme en aval des salariés et par conséquent contribuent fortement à la pérennité de toutes les entreprises.

Ce qu'on ignore encore par trop est que seuls 10% des médecins du travail sont efficaces dans cette mission hautement stratégique. En effet, la majorité d'entre eux sont par trop "inféodés" aux pouvoirs décisionnaires, ce qui leur enlève toute latitude d'action dans l'essence même de leur métier.

A terme, si la médecine du travail continue à être autant en danger, elle mettra dans le même temps en péril non seulement la santé des salariés mais aussi par ricochet la productivité des entreprises vidées de leurs ressources.

L'article rédigé par Sarah Bosquet sur le fabuleux site d'informations indépendant Basta! offre une synthèse objective et argumentée de la situation. Je vous laisse le découvrir ci-après.





SANTÉ AU TRAVAIL

Dans les usines ou les bureaux, ces médecins du travail qui tentent, malgré les pressions, de protéger les salariés

PAR 
Ils sont les premiers à constater l’impact des nouvelles organisations du travail et de l’intensification des tâches sur la santé des salariés. Les médecins du travail identifient les pathologies, de la douleur musculaire à la dépression, mettent des mots sur les souffrances des salariés, prodiguent des conseils… Mais l’écoute bienveillante ne suffit pas toujours à installer un rapport de confiance, de nombreux médecins du travail étant salariés d’associations patronales. Plusieurs dispositions du projet de Loi travail pourraient marquer une nouvelle rupture entre médecins et salariés. Reportage dans le Loir-et-Cher auprès d’une médecin du travail engagée.
La journée du Dr Bernadette Berneron commence au téléphone, dans sa voiture qui serpente sur une route du Loir-et-Cher. Ce matin, c’est d’abord une assistante sociale qui l’appelle pour se renseigner sur le dossier d’un salarié éligible à « l’allocation amiante », puis une infirmière qui l’alerte sur le risque suicidaire d’un autre employé. Bernadette Berneron est médecin du travail, un métier aussi menacé que méconnu. Elle exerce à Romorantin, dans un des quatre centres de « service de santé inter-entreprises » du département.
Fille d’agriculteurs, Bernadette Berneron voulait d’abord devenir infirmière ou assistante sociale. Quelques dizaines d’années plus tard, elle fait partie de ces rares médecins du travail engagés qui osent s’exprimer pour dénoncer les pressions des employeurs. Le 8 juin dernier, cela lui a valu une audience devant l’Ordre national des médecins. Avec son confrère Dominique Huez, lui aussi mis en cause [1], elle faisait appel de l’avertissement de l’Ordre régional – qui l’accuse peu ou prou d’avoir rédigé de certificats de complaisance. Soutenue par plusieurs centaines de personnes, elle estime qu’elle a simplement constaté le lien entre problèmes de santé et conditions de travail de salariés. Bref, rien de plus que son métier.
Depuis 2007, et la modification d’un article du code de la santé, des employeurs se plaignent de l’ingérence, selon eux, de certains médecins et contestent leurs diagnostics, en saisissant l’Ordre de médecins du travail. La base du métier consiste pourtant à établir des certificats médicaux qui peuvent permettre aux salariés de faire reconnaître une maladie professionnelle auprès de la sécurité sociale, rappelle Pascal Marichalar, sociologue auteur d’une enquête sur la profession [2]. Ces pressions d’employeurs se multiplient. « Aujourd’hui, on aurait environ 300 plaintes d’employeurs [3] sans aucun fondement juridique… Ces mises en cause de quelques médecins font peur aux autres », observe le sociologue.

Multiplication des troubles musculo-squelettiques

Sandrine, l’infirmière avec qui Bernadette travaille, est venue la soutenir à Paris. Dans les locaux de Romorantin, elles suivent à elles deux près de 5000 salariés, employés du tertiaire ou du secteur industriel. La majeure partie d’entre eux travaille dans les usines du coin. « On a de plus en plus de visites d’embauche, parce qu’il y a de plus en plus de contrats de six mois ou moins », note le Dr Berneron. En principe, tout signataire d’un contrat doit rencontrer la médecine du travail au moins une fois pour la visite d’embauche, puis pour des visites périodiques. Celles-ci représentent environ la moitié des examens médicaux réalisés par les deux femmes.
Aujourd’hui, Sandrine commence par celle d’un ouvrier polyvalent de 25 ans. Ses tests d’audition et de vision sont impeccables. « Les gens qui arrivent par l’intérim sont en général en meilleure santé…Ce sont souvent les jeunes, qui ont intérêt à être très productifs pour se faire embaucher », explique Bernadette. Arrive ensuite un soudeur, qui travaille 8 heures par jour debout. A 49 ans, il vient d’être opéré d’une hernie discale. Une réaction à l’opération a amplifié ses douleurs : il souffre des jambes et boîte. « Si sa maladie professionnelle est reconnue par la CAF, il aura une petite compensation et pourra partir à la retraite à 60 ans », explique le Dr Berneron.
Des « troubles musculo-squelettiques » – les « TMS » – au burn-out, les maladies professionnelles sont répertoriées dans un classement. Cette liste fait l’objet de rapports de force permanents entre associations de malades, médecins, employeurs et pouvoirs publics. Les premiers souhaitent y intégrer de nouvelles pathologies tandis que les employeurs essaient d’en limiter le nombre au maximum. Sur le terrain, l’augmentation de la précarité, l’intensification du travail, les nouvelles formes de management et d’évaluation des salariés déconnectée des réalités du travail, dans un contexte de multiplication des délocalisations et des plans sociaux, font bondir le nombre de burn-out, de dépressions et de TMS constatés par les médecins du travail. Les TMS représentent ainsi environ 85 % des pathologies reconnues.

Mettre des mots sur les souffrances des salariés

Fibrose, douleurs névralgiques, acouphènes, syndrome dépressif… Au fil des visites, Bernadette met des mots sur les souffrances des salariés et lit à haute voix les courriers qu’elle écrit aux médecins traitants, tout en donnant quelques conseils :« Vous savez, vous n’avez pas à donner un diagnostic médical à votre employeur, et lui n’a pas à vous le demander… ». Beaucoup de salariés de Romorantin sont passés par l’ancienne usine Matra. Elle a employé jusqu’à 4000 personnes. « C’était le fleuron de la région, quelque chose de géant. On avait le treizième mois, une participation dans l’entreprise... », raconte avec nostalgie un peintre industriel venu pour une visite d’embauche. Prise de la tension, contrôle du poids, stéthoscope, test de souplesse… Pendant les visites, la médecin enchaîne les gestes, les blagues et les questions : « Vous ne toussez pas trop ? Vous ne mouchez pas couleur de la peinture ? Et les mains, pas d’allergies ? ».
Ici comme ailleurs, les rachats d’entreprises ont eu des conséquences sur l’organisation du travail. « Les nouvelles organisations du travail sélectives et maltraitantes, la pression qui va avec l’augmentation du chômage, ont un impact visible sur la santé des gens », remarque Bernadette Berneron. « On est passés du prototype à la production en série, avec une cadence à respecter, mais sans changer d’outils et de moyens », raconte une salariée qui travaille dans l’industrie automobile. Elle souffre, entre autres, d’une hernie. Seule femme de son service, elle a déposé un recours aux Prud’hommes pour discrimination sexiste. « Cette dame est représentative de ces salariés qui sont frustrés et ont l’impression de ne pas pouvoir bien faire leur travail. C’est aussi la seule à avoir résisté à la signature d’un avenant qui voulait les obliger à changer de contrat, en supprimant les heures mieux payées du dimanche », explique Bernadette Berneron. « Même syndiquée, vous êtes isolée, et vos conditions de travail sont difficiles… Vous devriez prendre rendez-vous avec l’inspection du travail », conseille la médecin.

Sans relation de confiance, pas de prévention

« Vous alternez peinture et décrochage ? A quelle heure vous embauchez ? »Bernadette est curieuse et, à force d’expérience, incollable sur les métiers des industries locales. « C’est l’intérêt d’aller en usine : on peut observer tous les petits gestes que les salariés passent leur temps à inventer ». Dans leurs bureaux de Romorantin, Sandrine et Bernadette reçoivent aussi des personnes employées dans des maisons de retraite ou dans des commerces. Comme cette femme passée par un poste de coursière dans un laboratoire d’analyse médicale, une des entreprises qui s’est plaint du Dr Berneron auprès de l’Ordre, et qui fait l’objet de procès aux Prudhommes par plusieurs salariés. « C’était l’horreur là-bas, personne ne se parle, le chef vous traite comme une merde, tout le monde a la trouille ». Les langues se délient progressivement au gré de la consultation.
Idem pour ce salarié rescapé d’un infarctus : avec une fausse nonchalance, il commence par raconter cette douleur qui jaillit dans son dos un dimanche. Une fois allongé pour la prise de tension, le gaillard laisse couler quelques larmes. « Après un passage à l’hôpital, c’est normal d’être angoissé, vous avez cru que vous alliez y passer… Il faut que vous digériez tout ça », l’apaise la docteure. « On va prolonger votre arrêt, parce que pour un cardiaque, reprendre le travail en été, c’est vraiment déconseillé. Votre état de santé nécessitera un mi-temps thérapeutique ou un changement de poste », conclut-elle.
« Vous voyez, si j’étais resté moins de vingt minutes avec lui, je ne l’aurais pas vu s’effondrer, et il ne m’aurait pas dit combien il adore son métier », glisse le Dr Berneron, une fois la porte refermée. « Si vous ne posez pas les questions qui permettent d’ouvrir la boîte de Pandore, il n’y aura jamais de soucis. Vous pouvez vous contenter de prendre la tension, de remplir le dossier et ça va très vite. Pour connaître les vrais problèmes, il faut un peu de temps, car souvent, les gens sont timides. Si je dis “Bon, tout va bien ?”, ce n’est pas pareil que “Et le travail, comment ça va ?”. Il faut avoir une écoute bienveillante ».

« Les salariés ont peur que ce qu’ils disent soit retenu contre eux »

Pour le sociologue Pascal Marichalar, le problème de confiance vient du statut des médecins du travail autant que de leurs pratiques. La plupart des médecins du travail sont des salariés de droit privé [4] : 90 % sont employés par une des 250 associations patronales, les « services inter-entreprises », les autres dans les « services autonomes », où ils sont alors salariés directement par l’entreprise [5].« Le fait qu’ils soient salariés d’associations patronales n’inspire pas la confiance, remarque Pascal Marichalar. Globalement, les salariés ont peur que ce qu’ils disent soit retenu contre eux ». De fait, l’avis d’aptitude ou d’inaptitude est souvent utilisé par les employeurs pour justifier un maintien dans l’emploi, ou l’inverse, synonyme de licenciement.
Comme l’a observé le sociologue, les médecins qui se battent pour exercer librement ne peuvent pas faire cavaliers seuls : ils sont dépendants du soutien de salariés syndiqués, d’autres médecins, et de services de l’État comme l’inspection du travail. Dans les faits, les entreprises arrivent très souvent à imposer leur vision de la santé au travail – compatible avec l’amélioration de la productivité. « J’ai pris mon indépendance en 1982, quand j’ai fait ma formation d’ergonomie… Mais avant, je croyais vraiment que mon métier était de conseiller au mieux salariés et employeurs, à égalité », se souvient Bernadette Berneron. « Beaucoup de médecins n’osent pas s’élever contre l’autorité et acceptent de modifier leurs écrits médicaux. Moi je n’aurais jamais pu travailler en service autonome, il y a trop de contradictions à gérer ».

Loi travail : une inversion de la logique de santé au travail

Les relations de confiance pourraient être rendues encore plus compliquées par la « loi travail », en première lecture au Sénat. Le projet de loi initial, présenté à l’assemblée le 17 février dernier, a provoqué de vives réactions, jusqu’à l’Ordre National des médecins. La suppression du caractère obligatoire de la visite d’embauche pour les salariés du tertiaire – l’article 44 du texte – cristallise les inquiétudes. « Si on supprime l’assise règlementaire de la visite périodique, la prévention médicalisée au travail, ce sera terminé », se scandalise Dominique Huez, vice-président de l’A-Smt. « A ce jour, le législateur n’est même pas capable de dire quand se fera la première visite obligatoire, ni qui la fera ».
Autre changement : alors qu’avec l’avis d’aptitude, les médecins sont censés évaluer les risques encourus par le salarié avant qu’il ne soit embauché sur un poste donné, la loi les obligerait désormais à porter une attention particulière aux salariés « à risque » et à « s’assurer de la compatibilité de l’état de santé du travailleur avec le poste auquel il est affecté »« Cela revient à dire que la visite d’aptitude d’une personne devrait prendre en compte les risques pour la santé des "tiers"… et que l’on ait la capacité de prévenir des "décompensations psychopathologiques" », s’indigne le médecin Dominique Huez. « Cela relève du fantasme, et c’est une inversion de la logique de santé au travail. Quels sont les critères ? Cela reviendrait à prendre en note tous les éléments qui s’écartent des normes de nos sociétés… comme les dépressions par exemple ».
Un seul point du projet de la Loi travail est jugé potentiellement positif : l’entrée des salariés dans les conseils d’administrations des services inter-entreprises. Jusqu’alors, seuls les patrons pouvaient présider ces CA. Le texte prévoit une alternance chefs d’entreprises-salariés aux postes de présidents et de trésoriers.

Un métier en voie de disparition ?

Sur le secteur du Dr Berneron, le nombre de médecins du travail a été divisé par deux en dix ans. En France, c’est toute une génération qui part en retraite. En 2015, on comptait environ 5600 médecins sur le territoire français, mais les candidats sont de moins en moins nombreux [6]« C’est notamment la conséquence du "numerus clausus" [7] mais aussi parce qu’être médecin du travail, c’est souvent considéré comme avoir raté ses études… C’est aussi de notre faute, on n’a aussi pas assez défendu notre métier. Pendant l’affaire de l’amiante, par exemple, beaucoup trop de médecins se sont tus ». Résultat : obligés de suivre un nombre croissant de salariés, les médecins du travail ont de moins en moins de temps à consacrer aux visites en entreprises et aux études de postes, qui en théorie doivent représenter un tiers du temps du travail. Ce manque de moyens chronique et la perspective des pressions des employeurs achèvent de décourager les étudiants en médecine.
Une fois par mois, Bernadette Berneron tient une consultation « Souffrance et travail » au CHU de Tours. Elle forme également des infirmières qui veulent se spécialiser dans ce domaine [8]. En attendant l’annulation de son avertissement par l’Ordre et la version finale du projet de Loi travail, Bernadette Berneron continue de blaguer et de vanter son métier : « La santé des salariés, c’est une énigme passionnante. Mon but, ce n’est pas de faire des miracles, c’est d’écouter assez pour donner quelques clefs aux gens afin qu’ils puissent agir ».
Sarah Bosquet

Notes

[2« Médecin du travail, médecin du patron ? » édité aux Presses de Sciences-Po
[3Décompte de l’Association santé et médecine du travail (A-smt), engagée dans lutte contre la modification du Code de la santé publique et le texte de la Loi travail.
[4Sauf les médecins employés dans la fonction publique
[5En 1946, une loi crée le métier, dont le but est alors d’« éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail ». Dès le départ, le cadre est ambigu : le lien de subordination du salariat doit se combiner à l’indépendance liée au statut de médecin. Le fait que les médecins du travail soient employés par des patrons ne doit donc pas les empêcher de respecter le secret médical.
[6Source INSEE
[7Le nombre limité d’étudiants admis en deuxième année de médecine, défini par décret,
[8A noter que depuis 2002, du fait de la loi dite de « modernisation sociale », les médecins du travail d’aujourd’hui sont censés travailler en « équipes pluridisciplinaires » avec des infirmières, des toxicologues, des ergothérapeutes, des psychologues.