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10 avr. 2017

L'éthique de la vulnérabilité dans le monde du travail constitue un nouveau levier très puissant pour optimiser le management moderne




L'éthique de la vulnérabilité dans le monde du travail constitue un nouveau levier très puissant pour optimiser le management moderne



Le monde du travail est encore (trop) souvent conçu et vu comme espace de rapports de force, de performances, de flux tendus et de productivité. Même les entreprises dites humanistes sont obligées d'intégrer les notions précédentes. Et le management alors projeté est du coup totalement imprégné des concepts clé prédominants de force, d'impact, de monopole quitte à oublier encore et encore qu'au coeur du management, seuls des humains constituent l'entreprise et la rendent pérenne en fonction des multiples choix stratégiques à tous les niveaux qui impactent autant sa productivité que sa longévité.

L'auteur de l'article que je relaie ci-après Eric, DELASSUS, Professeur agrégé (Lycée Marguerite de Navarre de Bourges) et Docteur en philosophie, Chercheur à la Chaire Bien être et Travail à Kedge Business School, ouvre une voie majeure en parlant du management par le care en posant de fait une nouvelle éthique dans le monde de l'entreprise : l'éthique par le soin ou l'éthique dite de la vulnérabilité.

C'est avec un enthousiasme intense que je vous invite à lire cet article profondément innovant, juste et qui ouvre de véritables voies pour sortir de la servitude au travail en se pensant différemment, autant soi-même que l'autre. 

La prise en compte de nos vulnérabilités comme de nos puissances et au-delà de notre "faux" libre-arbitre sous le prisme de Spinoza se révèle en effet notamment révolutionnaire mais urgent et crucial pour que l'entreprise d'aujourd'hui réussisse sa transition vers ce qu'elle deviendra demain pour un succès optimal à 360°.





Manager selon le « care »: de quoi parle-t-on ? (Partie 3/3)
Le 17 MARS 2017 PAR EDELASS DANS ACCUEIL, PHILOSOPHIE & MANAGEMENT




De quelle autorité parle-t-on ?

Certes, l’autorité du manager sur le managé n’est pas de même nature que celle du parent sur l’enfant, la relation ne s’établit pas entre un être mineur et un être majeur, mais entre deux personnes considérées comme responsables et faisant preuve de la maturité nécessaire pour se comprendre l’une et l’autre. Il n’empêche que pour maintenir un climat de confiance entre les deux termes de la relation, il faut que se manifeste de la part du manager une exigence bienveillante et de la part du managé le souci de bien faire et de prendre des initiatives lorsque cela s’avère nécessaire.


Quelles conditions de management réunir ?

Il reste cependant à mettre en place les conditions d’un tel management que certains pratiquent probablement déjà sans peut-être savoir qu’ils prennent en considération cette dimension de vulnérabilité de la condition humaine lorsqu’ils se soucient de ce que pensent et ressentent ceux avec qui ils travaillent.

Ces conditions sont essentiellement humaines et relèvent principalement des dispositions dans lesquelles nous entrons en relation les uns avec les autres dans le monde du travail.

Il convient tout d’abord pour tenter de pratiquer ce type de management de ne pas vouloir faire entrer à tout prix les comportements et les conduites dans des procédures définies abstraitement à l’avance, mais d’apprendre à appréhender les situations en fonction de leur singularité, de manière à toujours agir au moment opportun, le Kairos des grecs, qui nécessite le recours à cette forme de sagesse qu’Aristote nomme la phronesis et que l’on traduit par prudence (Aristote, Tricot, 1990) ou sagacité (Aristote, Bodéüs, 2004).

Cette sagesse pratique qui permet de délibérer et de toujours adapter son comportement aux situations singulières est peut-être cette vertu qui nous permet, malgré notre vulnérabilité foncière, de trouver dans les moments difficiles le chemin à suivre pour « réparer » ce qui se casse parfois dans nos relations. La phronesis, dont un commentateur d’Aristote a dit qu’elle était « l’habileté des vertueux » (Aubenque, 1963, p. 61), est certainement la meilleure compagne de notre vulnérabilité pour rendre harmonieux ces liens de dépendance qu’il nous faut accepter et assumer.

L'apport magistral du philosophe Spinoza au management

Agir de cette manière, c’est aussi se libérer de la dictature du jugement et appliquer ce principe que nous recommande Spinoza :

« ne pas rire des actions des hommes, de ne pas les déplorer, encore moins de les maudire – mais seulement de les comprendre » (Spinoza, 2005, p. 91). 


Spinoza qui, s’il ne parle pas de vulnérabilité, parle de servitude pour désigner la condition humaine qui est soumise à un grand nombre de déterminations dont l’homme ne peut avoir que très difficilement connaissance. Prendre en considération la vulnérabilité humaine dans le management commence certainement par cette exigence de compréhension de l’autre afin de l’aider à progresser et à mieux assumer sa dépendance.

La pensée de Spinoza peut d’ailleurs être riche d’enseignements dans le cadre d’une réflexion sur le management intégrant la dimension de vulnérabilité de la condition humaine. En effet, la philosophie de Spinoza place le désir au centre de l’existence humaine et en fait le moteur même de l’action : 

« Le Désir est l’essence même de l’homme, en tant qu’on la conçoit comme déterminée, par suite d’une quelconque affection d’elle-même, à faire quelque chose. » (Spinoza, 1988, p. 305)

Tout individu – humain ou non-humain – est conduit à persévérer dans son être par une puissance qui résulte de sa structure même, de sa complexion propre. Cette puissance Spinoza la nomme conatus, terme que l’on a coutume de traduire par « effort » pour persévérer dans l’être. Il faut cependant ne pas se laisser abuser par ce terme qui n’a ici rien de volontariste. Une telle interprétation entrerait d’ailleurs en contradiction avec le déterminisme de Spinoza qui remet totalement en question la conception de la liberté comme libre arbitre :

« …les hommes se croient libres, pour la raison qu’ils ont conscience de leurs volitions et de leurs appétits, et que les causes qui les disposent à appéter et à vouloir, ils les ignorent, et n’y pense pas même en rêve. » (Spinoza, 1988, p. 81)

Remise en question dont on peut d’ailleurs noter qu’elle peut autoriser à risquer un rapprochement entre l’éthique spinoziste et la critique de la notion d’autonomie dans l’éthique du care. Parce qu’il n’est pas « comme un empire dans un empire » (Spinoza, 1988, p. 305), c’est-à-dire qu’il est soumis aux lois communes de la nature comme n’importe quelle autre chose, l’homme est un être dépendant, il est lié indissociablement à son environnement naturel, mais aussi social puisque dans cette configuration, l’homme et la société font intégralement partie de la nature.

Dans ces conditions, la liberté ne consiste aucunement en un impossible libre arbitre, mais dans la compréhension des causes qui nous déterminent et qui peuvent tout aussi bien accroître que diminuer notre puissance. Une telle philosophie ne peut donc qu’inviter à l’humilité et à la compréhension de l’autre. Personne n’est véritablement responsable de la puissance dont il dispose tant qu’il n’a pas vraiment compris par quoi il est mû.

Des nuisances du jugement 

Ainsi, nous pouvons nous libérer de la dictature du jugement qui le plus souvent consiste à louer ou blâmer l’autre, et parfois soi-même, au lieu d’essayer de comprendre quelles sont les véritables causes des comportements des uns et des autres.

Aussi, le manager qui est confronté à un employé qui semble peu motivé, qui commet trop fréquemment des erreurs ou qui ne parvient pas à s’adapter à son poste de travail ainsi qu’aux rythmes qui lui sont imposés, doit-il tout d’abord s’interroger sur les causes qui déterminent un tel comportement et se garder de toute accusation qui n’apporte en général de solution pour personne.

Même la paresse peut être considérée comme un impuissance, une faiblesse dont est victime celui qui en fait preuve. Elle est absence ou faiblesse du désir qui ne peut venir de la personne elle-même, mais nécessairement de causes externes qui l’affectent. La sollicitude consiste donc ici à s’efforcer de comprendre ce qui est à l’origine d’une telle diminution de puissance. Ces causes peuvent être personnelles, familiales, liées à un problème de santé, elles peuvent également résulter d’une incompatibilité entre la personne et son environnement de travail.

Il est donc nécessaire d’identifier ces causes pour pouvoir ensuite mieux les enrayer. Cela peut se traduire en termes de management par une tentative de mise en contact de la personne concernée avec les services sociaux ou médicaux avec lesquels est liée l’entreprise.

Si les causes sont d’une autre nature, il peut s’avérer nécessaire de discuter avec l’employé d’un possible changement de poste, voire d’une éventuelle réorientation professionnelle et d’un changement d’emploi. Faire preuve de care ne signifie pas tout tolérer, mais essayer d’abord de comprendre pour mieux agir en vue de l’intérêt de tous.

Cela signifie que l’on admet le droit à l’erreur de part et d’autre, tant pour le manager que pour le managé, et que lorsqu’un problème se pose, on cherche d’abord à en identifier la cause plutôt qu’à accuser tel ou tel, ce qui en général ne fait pas avancer vers une réelle solution.

Conclusion

Cette introduction de la prise en compte de la vulnérabilité dans le management peut donc être perçue comme une innovation dans la mesure où elle s’appuie sur un changement de paradigmes dans l’appréhension des relations et des actions humaines. Au lieu de s’appuyer sur des notions comme l’autonomie et la volonté, d’essayer de tout modéliser en termes de « process », cette démarche se conçoit plutôt en termes de puissance et d’impuissance, de plus ou moins grande vulnérabilité.

Ainsi, l’accomplissement d’un acte ne provient de ce que l’on veut ou non le réaliser, mais de ce que l’on peut ou non l’effectuer. Contrairement à l’adage populaire qui affirme que lorsque l’on veut, on peut, comme si la volonté avait cette vertu magique d’augmenter notre puissance, il apparaît plus réaliste de partir du principe qu’un individu ne peut jamais être plus que ce qu’il peut être à un moment donné, que sa puissance est toujours actuelle et jamais potentielle et qu’elle ne peut s’accroître que si on aide cet individu à mieux comprendre ce qui limite ses capacités d’action.

Tout cela n’est finalement, pour parler comme Spinoza, qu’une affaire de conatus. En conséquence, un management qui s’inspirerait de l’éthique du care, en prenant en compte la vulnérabilité et la singularité de chacun, pourrait également s’inspirer de la pensée spinoziste en développant une démarche que l’on pourrait qualifier de « conative » afin de prendre soin de la puissance créative que chacun peut mettre au service des autres par son travail. Il s’agit donc finalement de créer les conditions pour que puisse se développer ce que la philosophie américaine Martha Nussbaum, s’inspirant des travaux de l’économiste Amartya sen, désigne par le terme de « capabilités » :

Il existe désormais un nouveau paradigme théorique dans le monde de la politique du développement. Connu sous le terme d’« approche du développement humain »,

 « approche de la capabilité » ou « approche des capabilités », il commence par une question toute simple : qu’est-ce que les gens sont réellement capables de faire et d’être ? (Nussbaum, 2012, p. 10)

On pourrait certes reprocher à cette manière d’envisager les relations humaines dans le monde du travail d’être trop « idéaliste », voire utopique et de rendre inopérantes les relations nécessaires d’autorité sans lesquelles une organisation ne peut fonctionner. Mais ce reproche ne vaut pas, car reconnaître la vulnérabilité de l’autre et donc aussi de ses subordonnés, ce n’est pas renoncer à exercer son autorité, mais c’est s’obliger à exercer une autorité bienveillante reposant sur la compréhension de l’autre, sur l’appréhension des situations en fonction de la singularité de la personne et sur la prise en considération des déterminations dont les personnes sont les objets (qu’elles soient sociales, culturelles, psychologiques ou autres) et qui peuvent expliquer leur comportement.

Ainsi, par exemple, faut-il considérer la paresse comme un vice ou comme une impuissance ? Il s’agit de chercher à comprendre le comportement de l’autre dans ce qu’il a de singulier, d’en rechercher les causes afin de trouver la meilleure voie à emprunter pour motiver la personne et lui donner le désir de travailler. Cela suppose d’une part que l’on appréhende les situations de chacun en termes de complexité et que l’on évite de rentrer dans ce que Gilles Deleuze appelle le système du jugement pour que l’on applique le conseil que Spinoza préconise en politique, mais qui vaut également dans le monde du travail :

…ne pas rire des actions des hommes, ne pas les déplorer, encore moins les maudire, mais seulement les comprendre. (Spinoza, 2005, p. 91)

Pour reprendre ici une formule empruntée à André Comte-Sponville : manager, c’est être un « professionnel du désir des autres ». Ce qui ne veut pas dire manipuler le désir d’autrui, mais si l’on se réfère aux principes du care – dont André Comte-Sponville ne se réclame pas, il est vrai – , aider l’autre à y voir aussi clair qu’il est possible dans son propre désir pour qu’il puisse l’accomplir utilement, tant pour lui-même que pour autrui, et le monde du travail est l’un des lieux à l’intérieur duquel il est possible de trouver, mais aussi de créer, les conditions de cet accomplissement du désir.

Reste à déterminer les conditions pour que cet accomplissement ne se réalisent pas malgré tout dans la servitude, une servitude insidieuse qui peut soumettre d’autant que le travailleur a le sentiment de faire librement et en le désirant ce qui, en réalité, lui est imposé par une autorité faussement bienveillante. Car le problème dans le monde du travail, comme l’a montré l’économiste Frédéric Lordon dans Capitalisme, désir et servitude (Lordon, 2010), c’est que le désir de l’employé, du salarié, quelle que soit sa position dans l’organisation, est soumis à un « désir maître », celui du chef d’entreprise ou du supérieur hiérarchique.

Introduire l’éthique du care dans le monde du travail, prendre en compte sa propre vulnérabilité et celle d’autrui, n’y a-t-il pas là une voie pour tenter de sortir des rapports de servitude que génère encore trop souvent l’organisation du travail ?


Pour aller plus loin :

Aristote (2004), Éthique à Nicomaque, Traduction et présentation par Richard Bodéüs, Paris, Garnie-Flammarion.

•Aristote (1990), Éthique à Nicomaque, Traduction et notes par J. Tricot, Paris, Vrin.

•Aubenque P. (1963), La prudence chez Aristote, Paris, PUF.

•Giligan C. (2008), Une voix différente, Préface par Sandra Laugier et Patricia Paperman, Paris, Flammarion, Champs Essai.

•Lordon Frédéric (2010), Capitalisme, désir et servitude, Paris, La Fabrique.

•Mintzberg Henry (2005), Des managers, des vrais ! Pas des MBA, Paris, Éditions d’organisation.

•Molinier P., Laugier S., Paperman P. (2009), Qu’est-ce que le care ?, Paris, Petite Bibliothèque Payot.

•Nussbaum Martha C. (2012), Capabilités – Comment créer les conditions d’un monde plus juste ?, Traduit de l’anglais par Laurence Chavel, Climats.

•Spinoza (1988), Éthique, Traduction B ; Pautrat, Paris, Éditions du Seuil.

•Spinoza (2005), Traité politique, texte établi par Omero Proietti et traduction de Charles Ramond, Paris, P.U.F.

•Tronto J. (2009), Un monde vulnérable, pour une politique du care, Paris, La Découverte


Eric, DELASSUS, Professeur agrégé (Lycée Marguerite de Navarre de Bourges) et Docteur en philosophie, Chercheur à la Chaire Bien être et Travail à Kedge Business School, partage son expertise en proposant des publications dans la Rubrique Philosophie & Management, pour les fidèles lecteurs de http://www.managersante.com




26 mars 2017

Au lieu d'opposer les genres, réconcilions les : un meilleur monde naîtra




Etat des lieux 

Dans les pays barbares, les femmes risquent la mort. Dans les pays occidentaux, les femmes restent opprimées, et sous couverture d'un vernis subtil, sournois et pervers de l'hypocrisie ambiante. La majorité des hommes pensent en effet toujours tout bas qu'ils leur sont supérieurs. Ce combat est devenu universel. Depuis la naissance de la civilisation humaine, celle-ci a toujours été patriarcale et a toujours vu échouer toutes tentatives d'émancipation des peuples. Pourquoi ? A cause du patriarcat. Au lieu d'opposer les genres, je suis pour leur réconciliation. Un nouveau monde naîtra alors.

Le genre est un habillage pour justifier la domination, en l'occurrence la force physique au ras des pectoraux; sans compter la « protection» qui « autorise à mettre sous cloche», que cette dernière soit en plomb ou en or, le processus est le même diront les féministes les plus radicales.

Qui stigmatise qui ? Et pourquoi ?

Stigmatiser un sexe en général n'est sans doute pas la meilleure manière d'atteindre l'avènement de l'égalité des sexes peut me rétorquer n'importe quel homme choqué par cet article. Et je suis tout à fait d'accord d'où mon interrogation sur la stigmatisation depuis l'origine du monde du sexe féminin par le sexe masculin mais aussi le choix d'aller, non pas vers une revanche souhaitée par un nombre colossal de femmes, mais bien davantage de tendre vers une réconciliation optimale entre les deux genres afin que chacun d'entre deux puisse reconnaître en son sein toutes ses caractéristiques masculines et féminines, souvent refoulées et démontrées par de multiples études scientifiques. 


Alors une harmonie nouvelle et inédite pourra peut-être naître non seulement chez chacun et chacune, mais aussi l'atteinte d'une relation beaucoup plus respectueuse entre les deux genres aujourd'hui inexistante, et au-delà d'arriver à construire un monde beaucoup plus pacifique. 

En bref, il me semble crucial que chaque sexe puisse (se) reconnaître et se nourrir des différences de l'autre sexe. Utopie ? Non. Souhait ardent d'un très grand nombre d'hommes et de femmes éclairés pour faire émerger un nouveau type de société.

Pourquoi le besoin de dominer existe ?

Certes, il a toujours existé des civilisations matriarcales. Moins nombreuses. La question est pourquoi une partie de l'humanité a besoin de dominer sur l'autre. Une des réponse, à mon sens, réside dans la peur. La peur de la différence, la peur de découvrir quelque chose chez l'autre. La peur que l'enfant à naître ne soit pas le sien, la peur de l'étranger ou du réfugié syrien, la peur de ce qui n'est pas semblable à son groupe d'appartenance, la peur des non Français de souche : le véritable ennemi est donc La peur.

Oui, la peur est l'instrument de choix pour manipuler et contrôler l'humain. Demandons nous d'où viennent ces peurs, nos peurs. Comment nous sont-elles transmises ? Par qui et dans quel but ? Les réponses nous font toujours avoir un autre regard sur l'autre, autre qui se révèle toujours notre égal en nous apportant ses différences et sa complémentarité.


Un autre problème est que c'est la revanche, portée aussi par une violence toute féminine (même si elle s'exprime aussi physiquement, le nombre d'hommes battu monte continuellement) qui est majoritaire. Avec parfois comme allié la culpabilité masculine de la même forme que celle qu'a l'Occident vis-à-vis de ses anciennes colonies. 

En fait, et de nombreux test les prouvent, l'agressivité n'est pas l'apanage d'un genre, ce sont les modalités de son expression qui diffèrent. Seul un très haut degré de maturité permet la lucidité et la compréhension sur le fait que les formes de domination sont multiples et que l'évidence n'est pas si évidente que ceci. 

Comment dominer la peur si ce n'est en acceptant notre profonde immaturité affective

Nous devrions partir du coup d'un postulat d'immaturité générale de l'être humain et construire le respect, l'attention, le souci de l'autre en dehors de cette alternance de domination de genre qui semble être celle de la perspective historique. Nous devrions grandir ensemble et reconnaître l'égalité de dignité et de complémentarité (encore faut-il identifier correctement laquelle) liée à une identité sexuelle.

Mais il faut pour cela voir en face que le véritable ennemi est la peur. Pourquoi les hommes ont-ils à ce point peur des femmes sans le dire explicitement mais en les asservissant depuis toujours ? Les sociétés matriarcales ont en effet existé dans certains endroits du globe jadis mais il y en a eu très peu et les autres majoritairement patriarcales les ont balayées. 

La peur de l'autre, homme ou femme, de son ethnie ou pas, de sa confession religieuse ou pas, interroge en premier lieu chacun et chacune d'entre nous : c'est de nous dont nous avons peur en premier lieu en étant au contact des différences de l'autre qui "serait un danger" pour soi. Tant que l'être humain ne sera pas assez sécurisé affectivement, et tout commence dès l'enfance, rien ne pourra changer. 

Notre insécurité affective, souvent elle aussi méconnue et refoulée, est à l'origine de tous nos problèmes, qu'ils soient individuels ou collectifs. Une personne autonome affectivement n'a pas peur de l'autre et peut se permettre de s'ouvrir à l'altérité sans crainte pour son identité. Les récents travaux en psychologie l'attestent tous. Un important travail d'éducation se doit d'être mené chez les enfants tout comme chez les adultes. Il est crucial de mettre en place une vaste opération de médiation pour apprendre à chacune et chacun de mieux se connaître et de savoir interagir avec l'autre sans aucune peur.

L'immaturité humaine est donc l'enjeu premier. L'agressivité est en effet directement liée à la peur, peu importe le sexe. Je crois cependant qu'il est nécessaire de dénoncer la domination masculine avérée ou larvée qui perdure depuis toujours. L'argument de la culpabilité ne tient plus vraiment. La situation est dramatique quasi partout pour le sexe féminin avec plus ou moins d'intensité selon les régions du globe. Les hommes sont paradoxalement les premiers à affirmer combien les femmes sont plus matures, subtiles, pacifiques, bienveillantes et plus emplies de sagesse qu'eux. Il est vraiment temps de libérer la femme en la sortant du schéma typiquement masculin "soit putain, soit maman". 

J'aime les gens, hommes comme femmes. En tant qu'humaniste, j'alerte ici avec force sur les dangers grandissants pesant sur l'humanité qui sont quasi tous liés à la domination masculine impérieuse, que celle-ci soit officielle ou officieuse. À défaut, l'humanité court à la catastrophe.

Nous sommes des êtres de vulnérabilité et la sécurisation affective est fondamentale

Nous sommes des êtres de vulnérabilité et la sécurisation affective est fondamentale. D'où la nécessité, entre autres, de ne pas faire "payer au prix fort" cette vulnérabilité et cette absence de sécurisation affective, toutes deux tabou et refoulées, et chez tout le monde, en stigmatisant notamment et depuis toujours les femmes, celles-ci étant de par leur "nature" et de par leur vécu de "dominées" mieux armées paradoxalement face au réflexe reptilien d'agressivité car ayant eu le temps d'intégrer et de comprendre les mécanismes subtils du "désamorçage" de tous types de conflits.

J'imagine quelques chrétiens intégristes me dire qu'ils apprécient cette approche du sujet au travers du prisme de l'insécurité affective et de m'affirmer que Eve étant née d'Adam, cette insécurité ne doit pas être ressentie. Chers lecteurs, ne souriez pas en étant amusés même si je le suis tout autant que vous : de nombreux hommes et femmes, qu'ils soient chrétiens, juifs, musulmans, athées ou agnostiques croient hélas encore et toujours dans d'innombrables mythes fondateurs, religieux ou scientifiques ou intimes, de par le monde qui du coup part en vrille. L'humanité n'est évidemment pas née avec Eve et Adam, il ne s'agit que d'une légende qui comme toute légende, quelle que soit la confession religieuse, reste une non vérité, un fait qui n'a jamais eu lieu. Sourires. 

Entre le patriarcat, les religions et les codes sociaux qui tous tentent de nous dominer, décidément il y a du pain sur la planche pour libérer et les femmes et les hommes.

Hommes et femmes doivent lutter ensemble contre l'exploitation et pour une société plus juste et humaine  

En fait, c'est assez simple, à la racine la lâcheté et la peur de s'engager créent un réflexe compulsif qui engendrent le besoin de dominer. Les femmes qui ont quelque chose à dire ne jouent pas les "supermecs" comme Marine Le Pen qui n'est pas une vraie femme, non les vraies femmes sont authentiques et agissent à leur façon. Il est plus que temps d'explorer la coopération entre Femmes et Hommes, Cadets et Senior, Cultures, Profils, etc. Le reste paraît vain. Il serait peut-être judicieux de (re)lire H. Laborit qui dans l'esprit disait : tout organisme vivant, face à l'agression, et par extension l'incertitude, a trois possibilités : l'attaque, la fuite et l'inhibition de l'action. L'auteur affirme aussi que que le but de tout organisme vivant est de vivre. Mais à quel prix parfois ? Et survivre, est-ce vivre ? D'où l'intérêt de sélectionner les liens qui libèrent. D'où la nécessité absolue et tabou d'accompagner celles et ceux en insécurité affective.

Une personne, homme ou femme, est toujours beaucoup trop complexe et riche de possibles pour pouvoir être mesurée, elle n'est pas statique et est sans cesse en devenir. Ce que nous refusons d'admettre parfois voire souvent. La nature même de la psyché est irréductible à toute mesure quantitative. J'ai des neveux, des amis, des collègues, des relations, la comparaison n'a pas sa place. J'ai des affinités plus ou moins grandes selon les personnes, cela me permet de ne poser aucun jugement de valeur sur quiconque. Ce ne serait pas aidant. Quand je parle des femmes, ou des hommes, il y a risque de généralisation, il faut donc être prudent car la victimisation est encore un processus régressif, comme la volonté de contrôle, ou le désir d'être comblé-e par une seule et unique personne. 

Un processus important multi-dimensionnels et par trop méconnu et surtout insuffisamment mis en lumière est en cours tout au long de sa vie chez tout être humain, non survivant mais vivant, nous découvrons alors chacun et chacune la richesse quasi infinie des possibilités de mieux connaître ce qu'est une personne et ce que nous-mêmes nous sommes. Encore faut-il se mettre au boulot, comme je le fais ici, ce qui me réjouit.

Je n'ose imaginer les cris d'orfraie si un homme faisait de grandes généralités à propos des femmes me crient à l'oreille certains lecteurs et lectrices

Loin d'ici, l'idée ou la volonté de généraliser ce que sont les femmes, ou de simplifier ce que nous sommes chacun et chacune, je ne fais juste que parler de faits sociétaux constatés et avérés partout et qui hélas ! mettent en avant des situations tabou depuis la nuit des temps. 

Je comprends que cela dérange. Et en effet, devant de tels désastres, il y a de quoi réagir. Surtout, n'oublions jamais qu'à l'origine de la domination ou de l'oppression est tapi un monstre hideux appelé la peur, elle-même liée à la notion d'insécurité affective présente chez nous tous, hommes comme femmes. 

Alors que les problèmes socio-économiques sont multiples et très graves, cette question de réconciliation des genres semble dérisoire alors qu'elle est cruciale car si elle était bien gérée, anticipée, et voire enfin "réglée"; le sociétal comme l'économique iraient beaucoup mieux. 

L'idée de créer de vastes programmes ludiques et pédagogiques sur l'estime de soi perdue ou saccagée chez beaucoup de gens semble essentielle. À l'école, personne ne nous enseigne ces pans psychologiques si capitaux pourtant pour devenir vraiment plus libres. Nous sommes tous des gens ordinaires uniques. Ordinaires car appartenant au genre humain, et uniques car ayant tous un vécu singulier. Un nombre colossal de femmes n'en peuvent plus. Un nombre très conséquent souhaite déclarer la guerre aux hommes. 

Je le répète, je ne généralise absolument pas : je dénonce des faits, subis par une grande majorité de femmes de par le monde, et ce, avec des degrés d'intensité, de visibilité, d'acceptation divers. Il existe évidemment une quantité très importante d'hommes et de femmes éclairés mais qui reste encore par trop minoritaire. D'où cet article. D'où mon alerte. That's simple 😊

Je prône une troisième voie, ni misogyne ni misandre : la réconciliation des genres. 

Tout simplement.



22 févr. 2017

Le sens en entreprise et au-delà : un regard peut tout changer



Le sens en entreprise et au-delà : un regard peut tout changer



Vers la recherche d'un cap

Au gré des articles publiés ici, qu'il s'agisse des miens le plus souvent, ou de ceux d'autres que je trouve visionnaires ou à forte valeur ajoutée; tous convergent vers une direction, une tendance, un signal faible devenu un signal fort, un indicateur avant-gardiste pour bon nombre de mes lecteurs. Il s'agit d'une sorte de boussole qui permet de ne pas perdre le cap ou de rectifier le tir. On me l'a souvent dit, du coup j'y crois, et je maintiens contre vents et marées ma ligne éditoriale indépendante afin qu'elle puisse contribuer à l'accompagnement du changement dans et hors entreprise.

Je ne le répéterai jamais assez : l'entreprise fait bouger la société, et la société fait bouger l'entreprise; les deux écosystèmes sont très liés et reliés.

D'où malgré une très forte dominante d'articles consacrés au monde de l'entreprise et ses corollaires dont notamment le management, les RPS, le climat social, la motivation, la productivité etc tous traités et analysés sous l'angle de l'innovation et d'un rapport win-win pour toutes les parties prenantes, avec pragmatisme, recul et analyse particulièrement affinée et fouillée, et ce, depuis fin 2009; quelques rares articles ont traité de politique car mes expertises de sociologue et de journaliste web au code déontologique dit-on aguerri me permettaient d'en parler avec une vraie prise de recul, vérification des faits avancés, recoupement des sources et arguments irrévocables.

La politique n'a plus de sens

La politique n'est pas du tout mon champ d'excellence privilégié d'où l'existence de 4 à 5 articles seulement sur ce pan social, pourtant majeur que constitue la politique dans tout pays, sur les 900 articles publiés sur ce média. Aujourd'hui, je n'y changerai pas une seule virgule, ni un seul mot.

Mes avertissements, alertes, dénonciations des dangers et mensonges sont toujours aussi puissants. Mais aujourd'hui, la politique n'a plus de sens à mes yeux, c'est vers les citoyens, les managers, les décideurs, les gens, les consommateurs, les salariés et toutes les bonnes volontés que se dirigent ce média afin de continuer humblement à mon niveau de transformer le monde de l'entreprise et le monde tout court.

D'innombrables autres talents, sans cesse incroyablement plus nombreux et innovants, individuels et/ou collectifs s'y emploient également avec tout autant d'ardeur et de pugnacité réelle et je trouve, tout comme vous, cet élan fabuleux et incroyablement réconfortant.

Ce qui fait profondément sens aujourd'hui est le sens lui-même

Accompagner le changement et l'accompagner avec éthique sont profondément les deux piliers fondateurs de ce média. Ce qui fait profondément sens aujourd'hui est le sens lui-même. C'est pourquoi en découvrant il y a quelques mois le lumineux article de Nicolas Cordier sur la recherche du sens en entreprise, il m'a semblé urgent et nécessaire de le publier tel quel.

C'est à tous les niveaux de l'entreprise qu'il faut influer ces idées et pas seulement auprès de ceux qui ont fait des études longues, parfois chères, ou pas. Ce qui peut émaner comme idées venant de ceux qui produisent, eux aussi en quête de sens certes plus silencieuse, est tout simplement colossal et constitue un gisement en or pour tous les dirigeants qui ont compris depuis longtemps que réconcilier économique et social avec éthique était la seule vraie direction pour dépasser toutes les crises.


Je vous laisse maintenant découvrir cet article formidable du talentueux Social business intrapreneur qu'est Nicolas Cordier.
En vue de quoi ? ou la quête de sens comme moteur d’une société en plein renouvellement

De plus en plus de stratégies d’entreprise ou de politiques publiques échouent et ne sont pas comprises. L’adhésion à des projets ‘qui viennent d’en-haut’ est de plus en plus faible. A un niveau plus personnel, l’enthousiasme est souvent le grand absent au moment de démarrer une journée de travail. Le désengagement des salariés concernerait près de 9 personnes sur 10 (voir notamment les résultats de l’enquête Gallup).

L’une des raisons en est simple : notre capacité de vision est émoussée. Nous ne savons plus regarder. Dans notre monde à l’avenir incertain, garder le nez dans le guidon permet de se rassurer en voyant le bout de sa roue mais cela ne trace pas une trajectoire, un but à atteindre, un sens à l’action… Nous nous berçons d’illusions dans les conventions. Du coup, nous vivons à la périphérie de nous-mêmes. Et nous avons renoncé 
à nous poser la question de la finalité de nos existences et de nos actions. Vivre ou survivre, voici une question bien dérangeante quand nous ignorons ‘en vue de quoi’ nous vivons et nous agissons.  

Sortir de nos aveuglements pour regarder la réalité du monde avec d’autres yeux est l’invitation principale d’Aubry Pierens dans un ouvrage pertinent d’un « consultant aux conseils impertinents » sorti le 21 avril dernier : Un regard peut tout changer.



Devenir visionnaire, mais oui vous pouvez !

« ‘En vue de quoi ?’ : telle est la question qui ouvre le mieux les yeux. Celle qui guide les leaders. Celle qui inspire les vrais innovateurs. Celle qui fonde les grands projets. Celle qui mobilise les énergies et les talents les plus divers dans une même direction. Celle dont la juste réponse accroît immanquablement les chances de réussite, l’harmonie des organisations et la plénitude des vies » défend le dirigeant 
Aubry Pierens de l’agence We Shake dans ce livre qui tente de faire bouger les choses. 


"Comment retrouver le zèle de l’espérance, de la confiance, de l’invention, de l’harmonie sociale et de la réussite partagée ? En devenant visionnaire."

‘En vue de quoi ?’, une question minuscule, mais qui a un potentiel atomique pour celui qui aura appris à se la poser, interpelle Aubry Pierens.

En quête de sens, une question de plus en plus d’actualité

La réussite et l’ambition semblent se redéfinir de manière importante. Pendant des décennies, le chemin d’une vie réussie était synonyme d’ascension dans la vie professionnelle, d’échelons à gravir dans une organisation valorisant les succès sans laisser de place aux questions plus personnelles et existentielles. Une nouvelle génération en quête de sens arrive sur le marché du travail et rejoint les questions existentielles de ceux qui après des années d’expérience cherchent un souffle nouveau dans un modèle arrivé à bout de course.


Le succès de deux films récents illustre cette recherche d’unité entre valeurs personnelles et engagement citoyen. Le film ’En quête de sens’ de Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière (voir son TEDxLille) est l’histoire de ces deux amis d’enfance aux trajectoires opposées qui se retrouvent après quelques années et décident d’aller questionner la marche du monde. A l’origine, Nathanaël, réalisateur de documentaires sur des projets à impact positif, a l’intuition que filmer le déclic et la prise de conscience progressive de son ami Marc qui vivait jusqu’alors la belle vie d’un expatrié dans une multinationale à New York, constituait un fil rouge inspirant pour d’autres… Caméra au poing, il filme alors son voyage initiatique sur plusieurs continents à la rencontre de personnes inspirantes comme Vandana Shiva, Pierre Rabhi, Trinh Xuan Thuan, Marianne Sébastien, Hervé Kempf, et autres chamans… Au-delà de nos croyances, ce film aux multiples projections – publiques ou privées – a déjà réuni des centaines de milliers de spectateurs. Ces « ciné-échanges » sont l’occasion d’aborder un thème cher au paysan-philosophe Pierre Rabhi interviewé dans le film : « Il n’y aura pas changement de société sans changement humain. Et pas de changement humain sans changement de chacun. » C’est une invitation à reconsidérer notre rapport à la nature, au bonheur et au sens de la vie.

L’autre film qui propose des solutions et une autre vision de l’avenir « radicalement différente de ce que nous avons connu jusqu’à maintenant » est le documentaire DEMAIN de Cyril Dion co-réalisé avec Mélanie Laurent. 


Le sens retrouvé constitue la seule réponse pérenne, enthousiaste et pleine d'espoir pour tous 

Il répond aussi à ce déficit de vision d’avenir, de projet politique, de réalisations qui donnent de l’enthousiasme et de l’espoir. On retrouve certains témoins inspirants de ‘En quête de sens’ avec un accent mis sur des réalisations à impact positif, mises en place par des citoyens, et qui donnent envie d’agir !

Suite à la publication dans la revue scientifique Nature d’une étude de 22 chercheurs qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100 [cliquer ici pour accéder à Approaching a state-shift in Earth’s biosphere], Cyril Dion, par ailleurs co-fondateur en 2007 avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris – Faire sa part et l’actrice Mélanie Laurent sont partis avec quatre autres trentenaires enquêter dans une dizaine de pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l’éviter. Durant leur voyage, ils ont rencontré les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation.

Financé en partie par des citoyens dans une campagne de crowdfunding, le film DEMAIN est sorti en décembre 2015 et totalise six mois après sa sortie plus d’un million de spectateurs en France, fait rarissime pour un documentaire.

Ces deux documentaires, dont la diffusion s’internationalise aujourd’hui, soulignent un mouvement en marche : l’envie de changer de regard sur le monde et, pour sa part, en être acteur. C’est également l’inspiration des médias SparkNews initié par Christian de Boisredon et du Projet Imagine de Frédérique Bedos dont nous nous sommes déjà fait le relais. Les questions de sens et de finalité, ‘en vue de quoi ?’ dirait Aubry Pierens, suscitées par ces médias soulèvent de vrais enjeux autour du sens du travail pour de nombreux collaborateurs d’entreprises, universités, associations ou collectivités territoriales : seront-elles capables d’accueillir en leur sein des espaces d’engagement et de participation à des projets porteurs de sens et créateurs de valeur partagée ? Ne pouvoir construire des réponses à cette recherche de sens que dans le cadre d’activités extraprofessionnelles, en soirée, le week-end ou au moment de la retraite, n’est plus possible ni souhaitable !

Les attentes des jeunes talents : une vie professionnelle alignée avec leurs valeurs

La capacité des organisations à mettre l’humain et l’innovation sociale au cœur de leur modèle devient un élément fondamental notamment pour attirer, fidéliser et engager une jeune génération connectée, informée et mobile.

C’est ce que révèle une consultation menée par IPSOS auprès de 3200 étudiants et alumnis de Grandes Ecoles françaises concernant leurs attentes professionnelles : « Talents : ce qu’ils attendent de leur emploi. Et si l’Economie Sociale et Solidaire était une solution ? » En partenariat avec la Conférence des grandes écoles (CGE) et le Boston Consulting Group (BCG), cette étude a été publié dans le cadre du Prix de l’Entrepreneur Social de la fondation Schwab et du BCG en février 2016.

Les talents sont exigeants vis-à-vis de la qualité de leur futur emploi. Parmi les critères définis comme primordiaux ou très importants l’intérêt du poste (88%), l’ambiance (84%) et l’alignement avec ses valeurs (75%) caractérisent en premier lieu leurs attentes.

Des étudiants qui cherchent à créer du sens. Utilité (97%), innovation (94%) et développement des compétences d’autrui (88%) seraient les trois premières sources de fierté des jeunes au cours de leur carrière.

Ces jeunes talents qui bouleversent les valeurs de l’entreprise


Dans la même lignée et faisant référence à cette même étude, Laura Zimer, responsable communication d’Ashoka France [si vous ne connaissez pas ce réseau mondial d’entrepreneurs sociaux et d’acteurs de changement, faites impérativement un détour inspirant en cliquant ici !] a publié récemment sur le site de L’Express une tribune intitulée « Ces jeunes talents qui bouleversent les valeurs de l’entreprise » que je reprends ici. Elle pose très bien les enjeux de l’innovation sociale comme levier de performance de l’entreprise tout en soulignant les défis de transformation managériale permettant l’émergence d’intrapreneurs sociaux, ces "corporate hackers" qui font bouger les lignes de leurs organisations en suscitant de nouveaux modèles à la frontière de l’économique et du social.

Les étudiants et jeunes diplômés envisagent désormais une vie professionnelle alignée avec leurs valeurs. C’est la vision même de l’ambition et de la réussite que la génération du ‘millénaire’ redéfinit, questionne et réinvente : elles sont désormais synonymes d’utilité à la société, de capacité à innover et à permettre à ceux autour de soi de se développer professionnellement. La construction méthodique d’une carrière est remplacée par la recherche d’expériences épanouissantes et porteuses de sens.

Le monde de l’entreprise est-il prêt à accueillir ces nouvelles recrues ?

Confiante, curieuse, intrépide et ultra-mobile sur le marché du travail, cette génération de jeunes diplômés fuira les groupes qui n’auront pas réussi à mettre l’humain au cœur de leur modèle. Bien que d’avantage attirés par l’entrepreneuriat que leurs aînés, 54 % des jeunes interrogés s’imaginent tout de même rejoindre un grand groupe. Conclusion : les entreprises vont devoir se réinventer si elles veulent attirer, mais surtout retenir ces jeunes talents.

L’innovation sociale comme élément clé de compétitivité

Pour relever ce défi, des groupes pionniers intègrent l’innovation sociale au cœur de leur modèle économique et à tous les étages de l’entreprise. 


Le laboratoire pharmaceutique Boehringer Ingelheim a ainsi lancé en 2012 l’initiative Making More Health, qui consiste pour le laboratoire à repérer et soutenir des entrepreneurs sociaux opérant dans le secteur de la santé, afin de s’attaquer aux problématiques de santé globales, dans une démarche de co-création entre différents secteurs.

Un de ses axes stratégiques, le programme Executive in Residence, permet à des membres exécutifs de rejoindre pendant 6 mois l’équipe de ces entrepreneurs avec un double objectif : apporter leurs compétences à des organisations aux ressources limitées et connecter en retour l’innovation sociale au cœur du modèle économique du groupe. A l’intersection du développement stratégique et de la gestion des talents, ce programme a valu à Boehringer Ingelheim de recevoir en 2014 le Prix allemand de l’Excellence en Ressources Humaines

En opérant à l’échelle intersectorielle, le laboratoire pharmaceutique va en effet au-delà de l’identification des innovations : il donne un nouveau sens à sa vision et encourage ses employés à expérimenter, à développer de nouvelles compétences d’innovation, de changement et de leadership et à participer à la redéfinition du cœur de métier du groupe.


Encourager l’intrapreneuriat social

C’est aussi en encourageant l’intrapreneuriat social que les grands groupes réussiront à retenir les meilleurs talents. Mouna Aoun, responsable marketing au sein de la Banque Postale, établissement servant une large clientèle de personnes en situation de grande précarité socio-économique, y a ainsi lancé en 2012 l’Initiative contre l’Exclusion Bancaire. En lançant des partenariats stratégiques avec des organisations sociales, elle y a instauré une véritable démarche collective d’innovation à objectif sociétal, et ce au cœur même des missions du groupe.

L’intrapreneuriat social permet à des employés en quête de flexibilité, de sens et d’impact d’entreprendre dans le cadre sécurisé de l’entreprise, sans se heurter à la rigidité des structures hiérarchiques. Moteurs de développement stratégique, ces intrapreneurs insufflent une nouvelle identité à l’entreprise, redéfinissent sa mission et y créent de nouvelles opportunités de développement personnel et professionnel.

Le manque de culture d’entreprise favorable à ces initiatives est encore une barrière majeure à leur développement, mais déjà, ces intrapreneurs commencent à faire bouger les lignes, bousculent la conception des structures hiérarchiques et brouillent les frontières entre monde de l’entreprise et engagement citoyen.

Cette nouvelle génération est à la fois le symptôme et le remède. Conséquence de l’urgence des problématiques sociales et environnementales auxquelles nous faisons face, cette quête de sens peut aussi devenir l’un des moteurs d’une économie en plein renouvellement. »

Plus que jamais Sens et Performance ont destins liés : la complexification croissante des métiers peut vite s’apparenter à une accumulation de tâches à exercer qui perd toute signification et l’énergie de la mise en œuvre est alors au plus bas. Motiver, c’est donner un motif, puis un moteur à l’action. Le ‘pourquoi on est là’ doit devenir le premier ressort de l’engagement et de la performance des organisations. Dans le même temps, rendre un service de qualité, veiller à avoir des indicateurs de performance et créer de la valeur est fondamental pour avoir les conditions d’exercer sereinement et durablement sa mission.

Avec d’autres mots, c’est ce qu’exprime Michel Fiol, professeur à HEC, en parlant de management de conquête, viril, masculin, visionnaire, rationnel, tournée vers l’action et la performance, centrée sur l’individu et de management de finesse, plus subtil, plus humble, où l’entreprise est un tout. Ces deux notions sont complémentaires, car pour Michel Fiol, loin d’être opposées, elles ont tout intérêt à s’enrichir mutuellement.

Emmanuel Faber, PDG de Danone a une formule qui désigne bien l’enjeu de l’équilibre entre Social et Business, entre Sens et Performance : "L’économie sans le social c’est de la barbarie, le social sans l’économie c’est de l’utopie."

Réconcilier l'économique et le social, la seule issue plébiscitée à l'unanimité 

Toutes les initiatives tendant à réconcilier l’économique et le social comme deux facettes d’une même médaille doivent être encouragées, développées et diffusées pour lever des impensables et ouvrir de nouveaux possibles porteurs de sens et créateurs de valeur. Pour cela, retenons la question proposée par Aubry Pierens et qui peut se révéler « atomique » dès lors que l’on accepte de demeurer dans l’inconfort de réponses rarement immédiates : "en vue de quoi nous agissons ?" 

C’est en exerçant notre capacité visionnaire que nous pourrons être acteur du changement car comme le disait le poète Apollinaire "Il est grand temps de rallumer les étoiles."

7 janv. 2017

Renouons résonner et raisonner pour un 2017 éclairé : l'Appel d'Edgar Morin



Le peuple, légitimement à bout, penserait davantage dit-on avec ses émotions ou ses tripes qu'avec sa raison : renouons résonner et raisonner pour un 2017 éclairé. 
Anne Verron

Le but premier est de créer des oasis de vie et des jonctions entre ces oasis de vie. Ce n’est pas un projet de société que l’appel énonce, mais une voie de civilisation.
Edgar Morin


L'Appel d'Edgar Morin s'adresse à tout le monde

Cet Appel rédigé par Edgar Morin nous invite, citoyennes et citoyens qui vous reconnaissez dans ce texte à parler d’une seule voix et à peser fortement dans le débat public. En signant cet Appel, vous exprimez votre accord avec ce texte et vous manifestez votre souhait de contribuer à rassembler la multitude d’initiatives issues des actrices et acteurs de la société civile.

Nous sommes innombrables mais dispersés, à supporter de plus en plus difficilement l’hégémonie du profit, de l’argent, du calcul (statistiques, croissance, PIB, sondages) qui ignorent nos vrais besoins ainsi que nos légitimes aspirations à une vie à la fois autonome et communautaire.


Nous sommes innombrables mais séparés et compartimentés à souhaiter que la trinité Liberté Égalité Fraternité devienne notre norme de vie personnelle et sociale et non le masque à la croissance des servitudes, des inégalités, des égoïsmes.

Depuis des décennies, plus rien ne va


Au cours des dernières décennies, avec le déchaînement de l’économie libérale mondialisée, le profit s’est déchaîne au détriment des solidarités et des convivialités, les conquêtes sociales ont été en partie annulées, la vie urbaine s’est dégradée, les produits ont perdu de leurs qualités (obsolescence programmée, voire vices cachés) les aliments ont perdu de leurs vertus, saveurs et goûts.

Certes, il existe de très nombreux oasis de vie aimante, familiale, fraternelle, amicale, solidaire, ludique qui témoignent de la résistance du vouloir bien vivre ; la civilisation de l’intérêt et du calcul ne pourra jamais les résorber. Mais ces oasis sont encore trop dispersés et se connaissent encore trop peu les uns les autres.

Ils se développent pourtant et leur conjonction ébauche le visage d’une autre civilisation possible.


Le visage d'une autre civilisation est possible 

La conscience écologique, née de la science du même nom, nous indique non seulement la nécessité de développer les sources d’énergie propres et d’éliminer progressivement les autres y compris le si dangereux nucléaire, mais aussi de vouer une part plus importante de l’économie à la salubrité des villes polluées et à la salubrité de l’agriculture, donc à faire régresser agriculture et élevage industrialisés de plus en plus malsains, au profit de l’agriculture fermière et de l’agro-écologie.

Une formidable relance de l’économie faite dans ce sens, stimulée par les développements de l’économie sociale et solidaire, permettrait une très importante résorption du chômage comme une importante réduction de la précarité du travail.


Des réformes ambitieuses mais accessibles deviennent indispensables, lesquelles ?

Une réforme des conditions du travail serait nécessaire au nom même de cette rentabilité qui aujourd’hui produit mécanisation des comportements, voire robotisation, burn out, chômage qui donc diminuent en fait la rentabilité promue. En fait la rentabilité peut être obtenue, non par la robotisation des comportements mais par le plein emploi de la personnalité et de la responsabilité des salariés. La réforme des États peut être obtenue, non par réduction ou augmentation des effectifs, mais par débureaucratisation, c’est à dire communications entre les compartimentés, initiatives et rétroactions constantes entre les niveaux de direction et ceux d’exécution.

La réforme de la consommation serait capitale. Elle permettrait une sélection éclairée des produits selon leurs vertus réelles et non les vertus imaginaires des publicités (notamment pour la beauté, l’hygiène, la séduction, le standing), ce qui opérerait la régression des intoxications consuméristes (dont l’intoxication automobile). Le goût, la saveur, l’esthétique guideraient la consommation, laquelle en se développant ferait régresser l’agriculture industrialisée, la consommation insipide et malsaine, et par là, la domination du profit.

Le développement des circuits courts, notamment pour l’alimentation, via marchés, Amaps, Internet, favorisera nos santés en même temps que la régression de l’hégémonie des grandes surfaces, de la conserve non artisanale, du surgelé.

Par ailleurs, la standardisation industrielle a créé en réaction un besoin d’artisanat. La résistance aux produits à obsolescence programmée (automobiles, réfrigérateurs, ordinateurs, téléphones portables, bas, chaussettes, etc.) favoriserait un néo-artisanat. Parallèlement l’encouragement aux commerces de proximité humaniserait considérablement nos villes. Tout cela provoquerait du même coup une régression de cette formidable force techno-économique qui pousse à l’anonymat, à l’absence de relations cordiales avec autrui, souvent dans un même immeuble.

Une nouvelle orientation de l'économie au profit de tous nous tend les bras


Ainsi les consommateurs, c’est à dire l’ensemble des citoyens, ont acquis un pouvoir qui faute de reliance collective, leur est invisible, mais qui pourrait une fois éclairé et éclairant déterminer une nouvelle orientation non seulement de l’économie (industrie, agriculture, distribution) mais de nos vies de plus en plus conviviales.

Une nouvelle civilisation tendrait à restaurer des solidarités locales ou instaurer de nouvelles solidarités (comme la création de maisons de la solidarité dans les petites villes et les quartiers de grande ville).

Elle stimulerait la convivialité, besoin humain premier qu’inhibe la vie rationalisée, chronométrée, vouée à l’efficacité.


Les voies d'une réforme existentielle est devenue essentielle et surtout salvatrice 

Nous pouvons retrouver de façon nouvelle les vertus du bien vivre par les voies d’une réforme existentielle.

Nous devons reconquérir un temps à nos rythmes propres, n’obéissant plus que partiellement à la pression chronométrique. Nous pourrons alterner les périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes).

La multiplication actuelle des Festivités et festivals nous indique clairement nos aspirations à une vie poétisée par la fête et par la communion dans les arts, théâtre, cinéma, danse. Les maisons de la culture devront trouver une vie nouvelle.

Nos besoins personnels ne sont pas seulement concrètement liés à notre sphère de vie. Par les informations de presse, radio, télévision nous tenons, parfois inconsciemment, à participer au monde. Ce qui devrait accéder à la conscience c’est notre appartenance à l’humanité, aujourd’hui interdépendante.

Nous croyons comme Montaigne le disait déjà au XVIe siècle que « tout homme est mon compatriote » et que l’humanisme se déploie comme respect de tout être humain. Nos patries dans leur singularité font partie de la communauté humaine. Nos individualités dans leur singularité font partie de la communauté humaine. Les problèmes et périls vitaux apportés par la mondialisation lient désormais tous les êtres humains dans une communauté de destin. 


Matrie, patrie et citoyenneté

Nous devons reconnaître notre matrie terrienne (qui a fait de nous des enfants de la terre) notre patrie terrestre (qui intègre nos diverses patries) notre citoyenneté terrienne (qui reconnaît notre responsabilité dans le destin terrestre). Chacun d’entre nous est un moment, une particule dans une gigantesque et incroyable aventure, issue d’homo sapiens-demens, notre semblable dès la préhistoire, et qui s’est poursuivie dans la naissance, la grandeur, la chute des empires et civilisations et qui est emportée dans un devenir où tout ce qui semblait impossible est devenu possible dans le pire comme dans le meilleur. Aussi un humanisme approfondi et régénéré est il nécessaire à notre volonté de réhumaniser et régénérer nos pays, nos continents, notre planète.

La mondialisation ne doit pas nous acculer au repli sur nous, bien au contraire !

La mondialisation avec ses chances et surtout ses périls a créé une communauté de destin pour tous les humains. Nous devons tous affronter la dégradation écologique, la multiplication des armes de destruction massive, l’hégémonie de la finance sur nos États et nos destins, la montée des fanatismes aveugles.

Paradoxalement c’est au moment où l’on devrait prendre conscience solidairement de la communauté de destin de tous les terriens que sous l’effet de la crise planétaire et des angoisses qu’elle suscite, partout on se réfugie dans les particularismes ethniques, nationaux, religieux.

Nous appelons chacun à la prise de conscience nécessaire et aspirons à sa généralisation pour que soient traités les grands problèmes qui sont à l’échelle de la planète.

Que tous ceux qui se reconnaissent dans ce texte lui apportent leur approbation.



Cet Appel a été présenté lors des dialogues en Humanité et lancé à L'Université d'Utopia par Edgar Morin à Mandelieu-la-Napoule le 24 septembre 2016.

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13 déc. 2016

Le non sens au travail et la responsabilité de l'économie capitalistique


Le non sens au travail et la responsabilité de l'économie capitalistique



Le contexte socio économique contribue fortement à une nouvelle donne du non-sens du travail qui du coup est devenu anxiogène. 

Je ne peux qu'adhérer avec force à l'article que vous pourrez lire plus loin rédigé il y a déjà trois ans par Pierre-Eric Sutter.

De toutes parts, et de plus en plus fréquemment, les mêmes constats reviennent :

1. "Le travail est devenu toxique."

2. "Comment continuer à tenir ?"

nous disent les salariés mais aussi les managers et les dirigeants.

L'hyper concurrence mondialisée et la frénésie des marchés ont fait que l'économie s'est détournée de son objectif premier, à savoir, garantir au travers d'une contractualisation du travail un bien-être relatif à tous.

L'économie ultra capitalistique s'est emballée et est aujourd'hui devenue la reine corrompue d'un bal où la quasi totalité des danseurs, impuissants, gesticulent tels des pantins sans trouver leur propre harmonie. J'évoque ici le sens du/au travail, encore présent heureusement chez beaucoup, mais qui tend à se muer en son contraire.

Les études sur ce sujet sont en fait sans cesse plus nombreuses, statistiques à l'appui.

L'ère salariale n'existe que depuis très peu de temps au regard du temps de l'Humanité et ses dérives sont du coup multiples.

Le travail et le monde de l'entreprise ne sont évidemment pas, à mes yeux en tout cas, "des ennemis à abattre" mais des réalités à optimiser et fluidifier.

Et les alternatives ne manquent pas. De nombreuses prises de conscience ont eu lieu et ont accouché de superbes chantiers innovants et efficients, que ce soit le Positive Economy Forum ou l'économie sociale.

"Le Positive Economy Forum est le réseau international de ceux qui placent l’intérêt des générations futures au cœur de leurs réflexions et de leurs actions.

Alors que le règne de l’urgence domine l’économie et la société dans son ensemble, le Positive Economy Forum, initié par le groupe PlaNet Finance en 2012, est né d’une conviction : la nécessité de restaurer la priorité du long-terme dans nos décisions et actions. Pourquoi ? Parce que c’est l’unique moyen de relever les défis économiques, écologiques, technologiques, sociaux et politiques qui attendent le monde d’ici 2030.

Ce mouvement est une passerelle, un outil de mise en relation d’acteurs à différentes échelles : du PDG de grande entreprise à l’entrepreneur social, de l’économiste à l’artiste.

Le point commun de tous ces acteurs : la volonté d’entreprendre pour mettre en place de nouveaux modèles, dans le champ économique mais également dans d’autres secteurs de la société, des modèles soucieux de leur impact à long terme et prenant en compte l’intérêt des générations futures.

La conviction du Positive Economy Forum : c’est de l’échange et du dialogue entre ces acteurs différents mais poursuivant un même objectif, chacun à leur façon, que naîtront des réponses viables et positives aux enjeux et défis d’aujourd’hui et de demain.

Le coeur de son action et réflexion : les pratiques économiques, financières et entrepreneuriales qui prennent en compte l’intérêt des générations suivantes. Dans ce sens, ces pratiques ont un impact qui va au delà de l’économie. Elles répondent à de véritables enjeux de société.

Pour mettre en place une société positive, qui réoriente l’économie vers la prise en compte de l’intérêt des générations suivantes, le Positive Economy Forum fédère, sensibilise et pense le monde d’aujourd’hui et les solutions de demain."


Que peut-on faire encore ? Comment inverser la tendance de l'ultra court-termisme économique sans cesse plus accru, des flux toujours plus tendus, du désengagement devenu majeur des salariés du coup improductifs ?

Pour mieux comprendre de l'intérieur ce qui se passe dans nos entreprises, je vous invite à lire ci-après l'excellent article de Pierre-Eric Sutter intitulé "la France qui bosse au bord du burnout ?"

Le voici :

"Les objectifs ont encore été revus à la hausse, on ne voit pas comment on pourra les tenir, c’est complètement dingue.

Ils ne se rendent pas compte, là-haut, de tout ce qu’ils nous demandent !

Quand je regarde mon budget, je m’aperçois qu’on nous a encore réduit les moyens mais pas les objectifs, je ne sais pas comment je vais annoncer ça à mon équipe.

Le problème, c’est qu’on attend de plus en plus de nous ; et nous, on n’y est pas préparés. Y en a marre !

On nous a collé une réunion de deux heures toutes les semaines où on perd notre temps alors qu’on est déjà débordé. En plus, ils nous demandent de remplir des tableaux de bord complètement inutiles et qui nous font perdre notre temps ; on se demande d’ailleurs s’ils ont le temps de les lire ces tableaux de bord.

Ils nous ont changé les horaires, sans nous demander notre avis. Comment je vais faire pour aller chercher mes gosses à la crèche ?

J’ai de plus en plus mal au dos ; je ne sais pas comment je vais m’en tirer, le soir je suis crevée, je ne suis plus bonne à rien ; j’ai tellement de soucis du boulot dans la tête que je n’arrive pas à m’endormir.

Ici on bosse comme des fous, jusqu’à des 14 heures par jour. On n’en peut plus."

Tous ceux qui s’expriment ici dans ce florilège sont de sacrés bosseurs. Ils ne comptent pas leurs heures, ils aiment leur travail et même leur employeur et leurs collègues, même si ce sont aussi de sacrés râleurs.

Ils travaillent aussi bien dans les services publics que dans les entreprises du secteur concurrentiel. Leurs mots traduisent un ras-le-bol vis-à-vis de l’injonction du "toujours plus".

Leurs mots n’ont rien d’anecdotique, ils correspondent à une situation qui se généralise. C’est la France entière qui, aujourd’hui, se rapproche dangereusement du syndrome d’épuisement professionnel, plus prosaïquement appelé burnout.

Deux statistiques résument à elles seules la situation : la France figure dans le peloton de tête de la course à la productivité individuelle et par le même temps, elle est la première consommatrice de psychotropes. Pas de quoi être fier, finalement.

Les employeurs font cher payer l’amour que les français portent à leur travail. La valeur travail étant forte en France, les français s’y investissent à bras le corps car ils sentent bien qu’il est l’un des moyens de leur réalisation personnelle, bref qu’il peut donner un sens à leur vie.

Le travail, c’est comme l’argent qu’il procure : il ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, fortement. Encore faut-il qu’il puisse y trouver du sens, ce serait plutôt le non-sens qui est au rendez-vous dans le quotidien professionnel des salariés français.

L’histoire étant un éternel recommencement, il est fort à craindre que comme au 19° siècle, les employés se tuent littéralement à la tâche. Le récent suicide d’un salarié de France Télécom-Orange, particulièrement tragique, est venu nous rappeler la fragilité humaine, mais elle doit par delà nous faire prendre conscience de celle des organisations.

Quand tous les salariés se seront tués à la tâche, qui fera tourner les boutiques ? Et comment seront rémunérés les actionnaires ?

Comment en est-on arrivé à cette situation-là ?

D’abord, on n’a rien voulu voir, on n’a rien voulu savoir. On a continué à faire comme avant, comme si le monde n’avait pas changé, comme si la croissance serait suffisante pour continuer à financer nos exigences de toujours plus de consommation.

Comme tout de même, la concurrence était de plus en plus difficile avec les pays asiatiques et que la croissance n’est plus trop au rendez-vous, il a fallu ramer davantage. Dans les entreprises, on a parlé de la nécessité de s’adapter. Mais les actionnaires continuent de réclamer des taux de rentabilité toujours plus élevés. Du côté des services publics, on a parlé de « réforme de l’Etat », de la nécessité de réduire le nombre des fonctionnaires.

Bref, faire plus avec moins.

Bien entendu, tout cela est pensé d’en haut et mené de main de maître par des gens brillants, très intelligents, formés dans les plus grandes écoles, bien éclairés par une vision stratégique et mondialiste.

Ceux-ci ont voulu promouvoir le changement pour résister à la nouvelle donne concurrentielle. Mais ils se sont heurtés aux « habitudes » de ceux qui rament en bas. Il a fallu leur faire comprendre que leurs exigences d’acquis sociaux ne pouvaient plus être les mêmes : il fallait désormais être flexibles.

D’en haut, ont été mises en œuvre des techniques de management éprouvées. On s’est attaché à réduire les coûts ; les « cost killers » se sont mis au travail sur leurs tableurs excel. Ils ont appliqué sans état d’âme les recettes apprises en école de management : pour générer du profit, je réduis les coûts en augmentant la productivité par un contrôle accru sur les process et en baissant les effectifs par downsizing et restructurations réguliers. Et j’en demande toujours plus aux collaborateurs. Ca tombe bien, il paraît qu’ils aiment bien le travail.

Le problème, c’est que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. Même si le travail des cost killers a probablement du sens dans des organisations qui se sont bureaucratisées et ont fait un peu de gras, on ne peut pas les amaigrir jusqu’à l’os : sans chair ni muscle, un squelette ne se tient pas debout.

A force d’en demander toujours plus, on en arrive à des aberrations. Les reportings que remplissent les managers de proximité consomment de plus en plus de temps alors qu’il leur faudrait être de plus en plus sur le terrain. Les procédures brident la créativité des collaborateurs et les empêchent de s’adapter aux conditions concrètes de l’efficacité du travail. Et les survivants, ceux qui n’ont pas été fusillés par les cost killers, y croient de moins en moins. Les aberrations conduisant au non-sens, le travail amènent de plus en plus les salariés français à une réaction de burnout.

Le burnout ne se guérit pas avec des pilules. Le burnout est une maladie du non-sens. Le non-sens du travail alors qu’il est sensé donner du sens.

Le non-sens dans le travail c’est : plus je travaille moins j’y arrive alors que je suis compétent et investi, plus je m’investis dans mon travail, plus mon travail se désinvestit de moi.

Jusqu’à en perdre la foi - et non la tête : attention à la méchante tentation de faire passer pour fous les salariés atteints de burnout -, la foi en soi et en son travail, c’est-à-dire l’estime de soi professionnelle.

Le burnout pose ainsi une question essentielle : pourquoi le travail me fait-il mal alors que je l’aime ?

Pour guérir les salariés atteints du burnout, il faut les accompagner pour leur faire arriver à trouver la réponse appropriée à cette question fondamentale, afin qu’ils comprennent comment ils en sont arrivés là, qu’ils parviennent à se sauver par eux-mêmes pour éviter de replonger à nouveau dans les affres de l’épuisement professionnel, quitte à ce qu’ils quittent leur employeur.

Mais par delà la dimension individuelle, pour circonvenir ce burnout généralisé qui gronde, il faudrait que les organisations se demandent, entreprise par entreprise, service public par service public, comment elles ont contribué à ce que leurs salariés en arrivent à ce point.

Même si certains dirigeants courageux commencent à montrer des signes de remise en cause; comme chez France Télécom-Orange, il est à craindre que les intelligents d’en haut, les éclairés des grandes écoles et les stratèges de la mondialisation en soient encore très loin."

Pierre-Eric SUTTER
Président de m@rs-lab
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Lorsque l'on sait que le Sénat, composé très majoritairement de sénateurs républicains, a décidé récemment de retirer le burnout de la liste des maladies professionnelles, on ne peut qu'être soucieux de l'aveuglement quasi criminel d'une des plus importantes instances politiques.

Comment donc faire enfin comprendre à l'ensemble des acteurs impactés qu'il s'agit ici de la survie de nos sociétés tant civiles qu'économiques ? Comment susciter leur sursaut et leur décillement salvateurs ? Toutes les parties étant en effet concernées.

Peut-être en cessant enfin de faire semblant de ne pas savoir, de ne pas voir.

Peut-être en commençant à se poser les bonnes questions, à savoir les questions qui permettront de trouver des réponses durables.

Peut-être en décidant de réunir tous les acteurs qui agissent sur scène comme dans les coulisses des organisations et faire en sorte que tous leurs champs les traversant soient gagnants-gagnants.

Cela semble difficile à mettre en place. Et pourtant, il y a urgence. Rappelons nous tous que innover, c'est avant tout surmonter ensemble ce qui semble insurmontable.

Une chose est sûre. En n'osant pas ces peut-être, le bolide qu'est devenue notre économie telle un amas de tôle sans pilote va se fracasser droit contre le mur.

Le mur non pas que du non-sens ou du burnout généralisé mais celui de la disparition même de sa matière première, dit autrement son essence, ici l'essence humaine, et par là-même la disparition même de l'économie, et nous tous avec.

Osons ces peut-être.