Le non sens au travail et la responsabilité de l'économie capitalistique



Le non sens au travail et la responsabilité de l'économie capitalistique
Le contexte socio économique contribue fortement à une nouvelle donne du non-sens du travail qui du coup est devenu anxiogène. 

Je ne peux qu'adhérer avec force à l'article que vous pourrez lire plus loin rédigé il y a déjà six ans par Pierre-Eric Sutter.

De toutes parts, et de plus en plus fréquemment, les mêmes constats reviennent :

1. "Le travail est devenu toxique."

2. "Comment continuer à tenir ?"

nous disent les salariés mais aussi les managers et les dirigeants.

L'hyper concurrence mondialisée et la frénésie des marchés ont fait que l'économie s'est détournée de son objectif premier, à savoir, garantir au travers d'une contractualisation du travail un bien-être relatif à tous.

L'économie ultra capitalistique s'est emballée et est aujourd'hui devenue la reine corrompue d'un bal où la quasi totalité des danseurs, impuissants, gesticulent tels des pantins sans trouver leur propre harmonie. J'évoque ici le sens du travail et au travail, encore présent heureusement chez beaucoup, mais qui tend à se muer en son contraire.

Les études sur ce sujet sont en fait sans cesse plus nombreuses, statistiques à l'appui.

L'ère salariale n'existe que depuis très peu de temps au regard du temps de l'Humanité et ses dérives sont du coup multiples.

Le travail et le monde de l'entreprise ne sont évidemment pas, à mes yeux en tout cas, "des ennemis à abattre" mais des réalités à optimiser et fluidifier.

Et les alternatives ne manquent pas. De nombreuses prises de conscience ont eu lieu et ont accouché de superbes chantiers innovants et efficients, que ce soit le Positive Economy Forum ou l'économie sociale.

"Le Positive Economy Forum est le réseau international de ceux qui placent l’intérêt des générations futures au cœur de leurs réflexions et de leurs actions.

Alors que le règne de l’urgence domine l’économie et la société dans son ensemble, le Positive Economy Forum, initié par le groupe PlaNet Finance en 2012, est né d’une conviction : la nécessité de restaurer la priorité du long-terme dans nos décisions et actions. Pourquoi ? Parce que c’est l’unique moyen de relever les défis économiques, écologiques, technologiques, sociaux et politiques qui attendent le monde d’ici 2030.

Ce mouvement est une passerelle, un outil de mise en relation d’acteurs à différentes échelles : du PDG de grande entreprise à l’entrepreneur social, de l’économiste à l’artiste.

Le point commun de tous ces acteurs : la volonté d’entreprendre pour mettre en place de nouveaux modèles, dans le champ économique mais également dans d’autres secteurs de la société, des modèles soucieux de leur impact à long terme et prenant en compte l’intérêt des générations futures.

La conviction du Positive Economy Forum est que c’est de l’échange et du dialogue entre ces acteurs différents mais poursuivant un même objectif, chacun à leur façon, que naîtront des réponses viables et positives aux enjeux et défis d’aujourd’hui et de demain.

Le coeur de son action et réflexion sont que les pratiques économiques, financières et entrepreneuriales doivent prendre en compte l’intérêt des générations suivantes. Dans ce sens, ces pratiques ont un impact qui va au delà de l’économie. Elles répondent à de véritables enjeux de société.

Pour mettre en place une société positive, qui réoriente l’économie vers la prise en compte de l’intérêt des générations suivantes, le Positive Economy Forum fédère, sensibilise et pense le monde d’aujourd’hui et les solutions de demain."


Que peut-on faire encore ? Comment inverser la tendance de l'ultra court-termisme économique sans cesse plus accru, des flux toujours plus tendus, du désengagement devenu majeur des salariés du coup improductifs ?

Pour mieux comprendre de l'intérieur ce qui se passe dans nos entreprises, je vous invite à lire ci-après l'excellent article de Pierre-Eric Sutter intitulé "la France qui bosse au bord du burnout ?"

Le voici :

"Les objectifs ont encore été revus à la hausse, on ne voit pas comment on pourra les tenir, c’est complètement dingue.

Ils ne se rendent pas compte, là-haut, de tout ce qu’ils nous demandent !

Quand je regarde mon budget, je m’aperçois qu’on nous a encore réduit les moyens mais pas les objectifs, je ne sais pas comment je vais annoncer cela à mon équipe.

Le problème, c’est qu’on attend de plus en plus de nous ; et nous, on n’y est pas préparés. On en a marre !

On nous a collé une réunion de deux heures toutes les semaines où on perd notre temps alors qu’on est déjà débordé. En plus, ils nous demandent de remplir des tableaux de bord complètement inutiles et qui nous font perdre notre temps, on se demande d’ailleurs si ils ont le temps de les lire ces tableaux de bord.

Ils nous ont changé les horaires, sans nous demander notre avis. Comment je vais faire pour aller chercher mes enfants à la crèche ?

J’ai de plus en plus mal au dos, je ne sais pas comment je vais m’en tirer, le soir je suis crevée, je ne suis plus bonne à rien, et j’ai tellement de soucis du boulot dans la tête que je n’arrive pas à m’endormir.

Ici, on bosse comme des fous, jusqu’à des 14 heures par jour. On n’en peut plus."

Tous ceux qui s’expriment ici dans ce florilège sont de sacrés bosseurs. Ils ne comptent pas leurs heures, ils aiment leur travail et même leur employeur et leurs collègues, même si ce sont aussi de sacrés râleurs.

Ils travaillent aussi bien dans les services publics que dans les entreprises du secteur concurrentiel. Leurs mots traduisent un ras-le-bol vis-à-vis de l’injonction du "toujours plus".

Leurs mots n’ont rien d’anecdotique, ils correspondent à une situation qui se généralise. C’est la France entière qui, aujourd’hui, se rapproche dangereusement du syndrome d’épuisement professionnel, plus prosaïquement appelé burnout.

Deux statistiques résument à elles seules la situation : la France figure dans le peloton de tête de la course à la productivité individuelle et par le même temps, elle est la première consommatrice de psychotropes. Pas de quoi être fier, finalement.

Les employeurs font cher payer l’amour que les français portent à leur travail. La valeur travail étant forte en France, les français s’y investissent à bras le corps car ils sentent bien qu’il est l’un des moyens de leur réalisation personnelle, et qu’il peut donner un sens à leur vie.

Le travail, c’est comme l’argent qu’il procure : il ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, fortement. Encore faut-il qu’il puisse y trouver du sens, ce serait plutôt le non-sens qui est au rendez-vous dans le quotidien professionnel des salariés français.

L’histoire étant un éternel recommencement, il est fort à craindre que comme au 19° siècle, les employés se tuent littéralement à la tâche. Le récent suicide d’un salarié de France Télécom-Orange, particulièrement tragique, est venu nous rappeler la fragilité humaine, mais elle doit par-delà nous faire prendre conscience de la fragilité des organisations.

Quand tous les salariés se seront tués à la tâche, qui fera tourner les entreprises ? Et comment seront rémunérés les actionnaires ?

Comment en est-on arrivé à cette situation-là ?

D’abord, il semble qu'on n’a rien voulu voir ni savoir. On a continué à faire comme avant, comme si le monde n’avait pas changé, comme si la croissance serait suffisante pour continuer à financer nos exigences de toujours plus de consommation.

Mais la concurrence étant de plus en plus difficile avec les pays asiatiques, et notamment avec la Chine, et que la croissance n’est plus vraiment au rendez-vous, il a fallu exiger encore davantage. Dans les entreprises, on a parlé de la nécessité de s’adapter. Mais les actionnaires continuent de réclamer des taux de rentabilité toujours plus élevés. Du côté des services publics, on a parlé de « réforme de l’Etat », de la nécessité de réduire le nombre des fonctionnaires.

Bref, de faire plus avec moins.

Bien entendu, tout cela est pensé d’en haut et mené de main de maître par des gens brillants, très intelligents, formés dans les plus grandes écoles, bien éclairés par une vision stratégique et mondialiste.

Ceux-ci ont voulu promouvoir le changement pour résister à la nouvelle donne concurrentielle. Mais ils se sont heurtés aux habitudes de ceux qui "rament" en bas et il a fallu leur faire comprendre que leurs exigences d’acquis sociaux ne pouvaient plus être les mêmes : il fallait désormais être encore plus flexibles.

D’en haut, ont été mises en œuvre des techniques de management éprouvées. On s’est attaché à réduire les coûts ; les « cost killers » se sont mis au travail sur leurs tableurs excel. Ils ont appliqué sans état d’âme les recettes apprises en école de management : "pour générer du profit, je réduis les coûts en augmentant la productivité par un contrôle accru sur les process et en baissant les effectifs par downsizing et restructurations réguliers. Et j’en demande toujours plus aux collaborateurs. Ca tombe bien, il paraît qu’ils aiment bien le travail."

Le problème, c’est que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. Même si le travail des cost killers a probablement du sens dans des organisations qui se sont bureaucratisées et ont fait un peu de gras, on ne peut pas les amaigrir jusqu’à l’os : sans chair ni muscle, un squelette ne se tient pas debout.

A force d’en demander toujours plus, on en arrive à des aberrations. Les reportings que remplissent les managers de proximité consomment de plus en plus de temps alors qu’il leur faudrait être de plus en plus sur le terrain. Les procédures brident la créativité des collaborateurs et les empêchent de s’adapter aux conditions concrètes de l’efficacité du travail. Et les survivants, ceux qui n’ont pas été fusillés par les cost killers, y croient de moins en moins. Les aberrations conduisant au non-sens, le travail amène de plus en plus les salariés français à une réaction de burnout.

Le burnout ne se guérit pas avec des pilules. Le burnout est une maladie du non-sens. Le non-sens du travail alors que le travail est sensé donner du sens.

Le non-sens dans le travail c’est : "plus je travaille, moins j’y arrive alors que je suis compétent et investi; plus je m’investis dans mon travail, plus mon travail se désinvestit de moi."

Jusqu’à en perdre la foi (et non la tête : attention à la malveillante tentation de faire passer pour fous les salariés atteints de burnout), la foi en soi et la foi en son travail, c’est-à-dire l’estime de soi professionnelle.

Le burnout pose ainsi une question essentielle : "pourquoi le travail me fait-il mal alors que je l’aime ?"

Pour guérir les salariés atteints du burnout, il faut les accompagner pour leur faire arriver à trouver la réponse appropriée à cette question fondamentale, afin qu’ils comprennent comment ils en sont arrivés là, qu’ils parviennent à se sauver par eux-mêmes pour éviter de replonger à nouveau dans les affres de l’épuisement professionnel, quitte à ce qu’ils quittent leur employeur.

Mais par-delà la dimension individuelle, pour circonvenir ce burnout généralisé qui gronde, il faudrait que les organisations se demandent, entreprise par entreprise, service public par service public, comment elles ont contribué à ce que leurs salariés en arrivent à ce point.

Même si certains dirigeants courageux commencent à montrer des signes de remise en cause; comme chez France Télécom-Orange, il est à craindre que les intelligents d’en haut, les éclairés des grandes écoles et les stratèges de la mondialisation en soient encore très loin."

Pierre-Eric SUTTER
Président de m@rs-lab
Pour en savoir plus sur m@rs-lab, cliquez ici http://blog.mars-lab.com/


Lorsque l'on sait que le Sénat, composé très majoritairement de sénateurs républicains, a décidé récemment de retirer le burnout de la liste des maladies professionnelles, on ne peut qu'être soucieux de l'aveuglement quasi criminel d'une des plus importantes instances politiques.

Comment donc faire enfin comprendre à l'ensemble des acteurs impactés qu'il s'agit ici de la survie de nos sociétés tant civiles qu'économiques ? Comment susciter leur sursaut et leur décillement salvateur ? Toutes les parties étant en effet concernées.

Peut-être en cessant enfin de faire semblant de ne pas savoir, de ne pas voir.

Peut-être en commençant à se poser les bonnes questions, à savoir les questions qui permettront de trouver des réponses durables.

Peut-être en décidant de réunir tous les acteurs qui agissent sur scène comme dans les coulisses des organisations et faire en sorte que tous leurs champs les traversant soient gagnants-gagnants.

Cela semble difficile à mettre en place. Et pourtant, il y a urgence. Rappelons nous tous que innover, c'est avant tout surmonter ensemble ce qui semble insurmontable.

Une chose est sûre. En n'osant pas ces peut-être, le bolide qu'est devenue notre économie telle un amas de tôle sans pilote peut se fracasser droit contre le mur.

Le mur non pas que du non-sens ou du burnout généralisé mais celui de la disparition même de sa matière première, dit autrement son essence, ici l'essence humaine, et par là-même la disparition même de l'économie, et nous tous avec.

Osons ces peut-être.

Commentaires

  1. Quelques mots sur l'auteure, Anne Verron :

    Anne Verron est agent de changement, d'influence et de valorisation éthiques numériques, experte RH, community manager, journaliste web, sociologue, photographe humaniste moderne, fondatrice et rédactrice en chef du média éthique Accompagner le changement depuis septembre 2009.

    Son objectif premier est de faire bénéficier ses compétences dites de "matière grise" et celles dites de créativité à l'ensemble de ses clientèles officielles et officieuses.

    Elle s'intéresse principalement à l'articulation profondément interactive et en boucle permanente entre :

    1. la réalité quotidienne du vécu de ceux qui font et vivent dans l'entreprise,
    2. les tendances émergentes RH et sociétales, toutes reliées aux fondations du monde capté dans sa complexité,
    3. et l'ensemble des individus et de collectifs souvent très divers.

    La plupart de ses réflexions et créations sont rassemblées sur son média éthique intitulé Accompagner le changement.

    En tapant précisément ces trois mots clés, et depuis 2010, ce média est référencé en 1ère position sur internet.

    Fruit d'un labeur acharné et d'un enthousiasme intact, en voici le lien https://www.photographieshumanistesanneverron.com

    Elle met également à votre disposition ses compétences clés, désormais reconnues par 5 écosystèmes, telles que un goût prononcé pour l'innovation, une créativité stimulante et sans cesse stimulée, un sens fort de l'éthique, des contenus éditoriaux + iconographiques réputés tous deux pour leur réelle valeur ajoutée, afin de booster à moindre coût votre marque employeur numérique. Vitalité, réputation, éthique et viralité sociales seront toujours au rendez-vous pour vous satisfaire pleinement.

    Son agence digitale de communication éthique intitulée Booster de marque employeur 2.0 a vu le jour en avril 2013. Fruit d'une envie forte de contribuer à une société plus éthique et d'un enthousiasme renouvelé, en voici le lien, cliquez pour en savoir plus et vite sur cette agence pas comme les autres https://boosterdemarquemployeur.com

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