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31 mars 2010

L'excellent site "la boîte à sorties" culturelles nous offre sur un plateau lucide un article qui nous épingle et nous fait mal pour mieux nous ressaisir et nous faire prendre conscience de notre chance d'être en vie. Comment la réussir cette vie, notre vie? A chacun-e de méditer bien sûr. Pour ma part, je dirai : soyons toujours curieux pour nous nourrir, nous faire grandir en restant conscient de qui nous sommes, du chemin parcouru et à parcourir en sachant s'émerveiller sans candeur d'une chance. Laquelle? Celle de vivre. Vivre en étant soi et avec l'Autre en donnant et en recevant. Partout. Sur tout. Et en se ressourçant aussi my God! dans sa propre et inévitable et si régénérante solitude qui nous fait toujours sentir que sans conscience de Soi et sans l'Autre...et l'essence indicible de ce qu'est la vie - ce qui nous relie - ; on n'est rien, on est "mort en vie". Vivez. Vivons. Apprenons encore et encore à être au plus proche de notre noyau dur car alors nous serons des électrons libres non sauvages mais conscients. Une piste? Etre humain. Etre humaniste. Une piste.


GENS (SERIE) - PERNETY - MARS 2009



Un vent de pessimisme souffle sur les expositions parisiennes


Source : La boîte à sorties, le site des sorties culturelles
Article rédigé le 29 mars 2010 par Marie Lesbats

Que se passe-t-il en ce début d’année 2010 ? Mal de siècle, conscience du temps ou oraison funeste, les musées parisiens s’entichent de thématiques malheureuses, proposent à leurs visiteurs des expositions qui stigmatisent leur destinée, les rappellent à l’ordre et les renvoient à leur triste nature. Leur condition d’homme.


« L’impossible Photographie – Prisons parisiennes 1851-2010 » (voir notre article), exposition présentée au musée Carnavalet et conçue par les commissaires Catherine Tambrun et Christel Courtois, s’attache à nous faire voyager, via le medium photographique, dans l’univers carcéral. Littérature, vidéo, documents inédits, œuvres sonores, cycle de conférences et débats abreuvent ce vaste exposé qui incite à regarder la prison d’une autre manière, et souvent de l’intérieur.


Qu’est-ce qu’une prison, finalement. Quelle en est l’architecture ? Dans quels quartiers de Paris les rencontre-t-on ? Quelles en sont les définitions ? Les possibilités, les impossibilités ? Bref, la prison d’hier et celle d’aujourd’hui. Ou la prison dans tous ses états.


L’exposition ne fait pas l’impasse sur les populations embastillées. Hommes, femmes – et enfants, tous soumis aux dures lois de l’enfermement. La force de cet événement repose parallèlement sur la création de trois reportages photographiques – signés Jaqueline Salmon, Michel Séméniako et Mathieu Pernot – réalisés à la prison de la Santé avec l’appui de l’Administration Pénitentiaire, et ce dans le but de l’exposition.


Si Bertillon et ses clichés anthropométriques sont exhibés à Carnavalet, il est aussi probable que vous croisiez ces gueules cassées au musée d’Orsay, où se tient actuellement « Crime et Châtiment » (voir notre article), exposition orchestrée par Jean Clair – auteur de la très sublime « Mélancolie » (Grand Palais, 2006) – et proposée par le non moins célèbre Robert Badinter. Artistes magnétisés par les criminels, femmes fatales, sang coagulant, folie ou génie, têtes tranchées et rédemptions… sont les thématiques évoquées via les arts, la presse ou les archives de police.
Le crime ou sa punition fascinent l’artiste. En témoignent les encres de Victor Hugo (Le Pendu, 1855-1860), les chefs d’œuvre de Théodore Géricault (Etude de pieds et de mains, 1818-1819), les huiles de Gustave Moreau (L’Apparition, 1876), les eaux fortes de Goya (Correction, 1799) ou les peintures monumentales de Von Stuck (Lucifer, vers 1890).


Le crime est aussi un thème qui fascine le peuple comme l’étalent ces couvertures du Petit Journal, les représentations d’exécutions publiques, les affaires caricaturées par Honoré Daumier…Au-delà des œuvres présentées, le leitmotiv du crime et de son châtiment sont matière à réflexion. Réflexion pour la science. Pourquoi devient-on criminel ? Existe-t-il une « psychologie criminelle » ? Ainsi se multiplient au XIXème siècle les études physiognomoniques et phrénologiques (L’homme descend vers la brute, 1843, J.J. Grandville) visant à définir le type même de ce qu’est un meurtrier.

Mais par dessus tout, cette exhibition suscite la réflexion chez l’individu – le visiteur – nous. Puis-je moi aussi faillir ? Quelle est la repentance possible ? Où trouver le Salut ?

L’exposition s’achève sur le parallèle établi entre faute et folie esthétique. Pulsions meurtrières et artistiques sont transcendées par le mouvement surréaliste qui propage cadavres exquis et autres défunts onirismes, à l’image de la Scène Sadique d’André Masson ou de la série de photographies Dolls de Hans Bellmer.


La sinistre subtilité de l’exposition, l’élément tributaire de notre regard concentré et grave sur le sujet : la guillotine, qui se dresse, majestueuse, dès la première salle… 


Cette méditation sur la mort – et la vie, finalement, car il s’agit bien de cela, est aussi le thème choisi par le musée Maillol qui propose « C’est la Vie ! – Vanités de Caravage à Damien Hirst » (voir notre article). En faisant remonter le visiteur dans le temps et l’histoire de l’art, les commissaires Patrizia Nitti et Claudio Strinati soumettent un voyage singulier évoquant plutôt l’évolution des mentalités artistiques face à la question du trépas. Jonglant entre les œuvres classiques (Caravage, Saint François en médiation, vers 1602) et œuvres contemporaines (Andy Warhol, Skull, 1976), mêlant aux peintures modernes (Pablo Picasso, Poireaux, crâne et pichet, 1945) les bijoux et autres objets d’art, l’exposition s’attache à stigmatiser la pensée de ces artistes préoccupés qui ont vécu et marqué leur temps de ces traces macabres, laissant un témoignage de leurs incertitudes et méditations. Au XXème siècle, le changement s’amorce avec des représentations burlesques, cyniques ou décalées, dénonçant le caractère futile de nos lubies consommatrices (Irving Penn, Ospedale N.Y., 1980).

Alors… Alors que dire ? 


Il faut dire que du 13 janvier au 21 février, Monumenta 2010 avait laissé carte blanche à Christian Boltanski au Grand Palais, qui, avec sa titanesque installationPersonnes soulevait la question de la disparition et celle du destin de chacun, usant de montagnes de vêtements vidés de corps. Ici toujours, éphémérité de la vie et inéluctabilité de la mort sont les thèmes centraux.


« L’Atelier » de Lucian Freud (voir notre article), au Centre Pompidou présente un répertoire de portraits réalisés en huis-clos. Le spectateur est happé par ces œuvres de grand format où souvent, l’immobilisme et le déséquilibre des scènes, le traitement cru des corps et de la peau, l’extirpent de sa vie quotidienne pour lui ouvrir les voies de la réalité : le corps meurt, est bouleversé par le temps, se flétrit puis disparaît. L’homme n’est que chair.


Cet éventail de sinistroses visible par le public parisien n’est pas sans rappeler un certain mal de vivre propre à la décadence fin-de-siècle qui avait pour chef de file Charles Baudelaire au XIXème siècle. L’esthète en réflexion, la création dans la noirceur ou la recherche du bonheur dans la connaissance de la douleur, sont les chemins qui mènent à l’essence de la vie et au sens que chacun décide de lui donner.

A retenir au final...


Ainsi ces expositions, si elles nous plongent dans une forme de mélancolie en montrant les facettes d’un monde en questionnement, ouvrent également les grilles de la pensée quant au monde qui nous entoure. Elles éclairent sur la manière dont les artistes ont su l’appréhender et la dépeindre à travers les siècles. Le noir, souvent, laisse entrer la lumière. Elle s’y accroche, s’y attarde, s’y reflète… Et pour en avoir le cœur net, il aurait été de mise de visiter les salles du Centre Pompidou avant le 8 mars 2010 afin d’admirer les lumineuses toiles outre-noir du peintre Pierre Soulages.

2 commentaires:

Cyril Delacour a dit…

Bonjour,

Pessimisme, remise en question ?
Einstein disait qu'il n'y avait pas de mal, que c'était comme l'ombre, juste l'absence de lumière. Si les noirs mettent en valeur la lumière, la photographie c'est aussi écrire avec la lumière du sujet, une question de point de vue, et j'ai envie ici de détourner un peu cette question de relativité; car si la photographie capte une part du réel, elle n'en reste cependant qu'un point de vue personnel et singulier, nous offrant ainsi un paradoxe mystérieux où le choix peut s'exprimer. Alors j'affirme qu'il n'y a pas de fatalité, même si une part de négativité s'exprime au travers de ces expositions, reflétant peut-être un état d'esprit lié aux contraintes de notre époque, au contexte de notre culture, et aux choix qui ont dessiné ce chemin; il serait dommage de s'y enfermer...

Pourquoi ne pas évoquer le bonheur d'être simplement là? Le lien à la nature est-il coupé à ce point dans notre capitale? Je suis photographe, portraitiste, et ce qui me touche c'est la présence du sujet dont la photographie témoigne lorsque lors de la prise de vue, un instant, la garde a été baissée, et une attitude naturelle, un mouvement spontané a été capté sur la surface sensible en laissant cette impression "lumineuse". C'est pour moi une question de disponibilité, et aussi de contexte, d'énergie. Je n'aime pas beaucoup les chichis, et même si parfois je broie du noir, ce n'est pas ce que j'ai envie de partager, il y a bien assez de sources de souffrances comme ça pour ne pas en ajouter une couche. La nature de l'esprit est sans doute profonde pour notre conscience, et je crois aussi qu'elle est vaste par nature. Ainsi cette intimité qu'évoque une présence proche nous touche aussi dans notre intimité, formant un lien sensible au-delà de la solitude provoquée par nos souffrances égocentriques et/ou égoïstes.

Je vous invite à visiter mon blog photo [floue.net] afin de "voir" ce que j'évoque ici...

Anne Verron a dit…

Bonjour Cyril,

Je vous remercie pour votre commentaire et je vais de ce pas aller visiter votre blog.

Je suis quasi en phase quasi avec tout ce que vous dites, notamment sur finalement ce qu'on peut appeler notre libre arbitre.

Je partage aussi votre avis sur l'égoïsme de quelques uns (sic! voire plus) ou le repli sur soi ou ses "souffrances", certes légitimes, mais qui sont tellement "dépassables" lorsque l'on en relativise et le contexte, et nos chances d'être ici et par là-même, de pouvoir agir sur ces chances pour les développer quand elles se flétrissent.

Toujours ce libre arbitre et cette conscience d'une vraie latitude d'action.

Et je sais de quoi je parle.

Bien à vous.

Anne Verron